À la gare nous arrivâmes, Par malheur ! quand tout était pris. Mais, voulant partir à tout prix. Nous dûmes monter chez les dames,
— Non sans exciter des rumeurs — Avec nos chiennes épagneules. Dans le wagon des dames seules Nous étions quarante fumeurs.
Après une rapide enquerre, Nous aperçûmes, dans les coins, Des êtres du genre « moukère, » S’épuisant en des baragouins.
On eût dit d’antiques primeurs, Sinon de rassises bégueules. Dans le wagon des dames seules Nous étions quarante fumeurs.
Certes, à notre accoutumée — Car on sait vivre, Dieu merci ! Nous voulions d’abord savoir si Les incommodait la fumée !
« Oui, messieurs » — non sans quelque humeur, Nous répondirent ces aïeules. Dans le wagon des dames seules Nous étions quarante fumeurs.
« Ah ! vraiment, ça n’est pas de chance ! Alors, vous allez bien souffrir. Ne pas fumer ! Plutôt mourir ! » Fîmes-nous. — Allons, on commence…
Et, sans écouter leurs clameurs, Nous sortîmes nos brûle-gueules. Dans le wagon des dames seules Nous étions quarante fumeurs.
Bientôt, une fumée atroce Envahit le compartiment. Les pauvres ! bien certainement, Ne devaient pas être à la noce,
Tandis l’une disait : Je meurs ! Une autre tapait sur nos gueules… Dans le wagon des dames seules Nous étions quarante fumeurs.
Qu’arriva-t-il de ces sorcières ? Eh bien, mais… d’un commun accord, On les jeta par-dessus bord, C’est-à-dire par les portières,
Du geste auguste des semeurs Elles churent dans les éteules… Dans le wagon des dames seules Nous étions quarante fumeurs.
Ô bizarre temps que le nôtre ! Il est évident qu’autrefois On se fût montré plus courtois. C’est ainsi que, d’un siècle à l’autre,
Vont se modifiant les mœurs. De nos jours, on est lâche — ou veule. Dans le wagon des dames seules Nous étions quarante fumeurs !
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