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1920

LE VIN DU PAPE

Raoul PONCHON

Ce pape-là me renverse, Qui, dans un accord divin, Sait joindre à son saint commerce Celui de marchand de vin.

Je ne sais rien de plus digne : Répandre sous le ciel bleu L’auguste sang de la Vigne, Avec le verbe de Dieu !

Mais laissons là le pontife. Parlons du marchand de vin. Une chose m’ébouriffe Toujours d’un marchand de vin ;

Et je me demande, comme Le sage Khèyam, souvent, Quoi peut acheter cet homme De meilleur, que ce qu’il vend ?

Écoutez, buveurs insignes ! Vous auriez cent fois juré Que le Pape avait des vignes Superlatives… pas vrai ?

Et pour tout dire, papales, Capables d’un vin en or, Dignes de Sardanapales, Non seulement, mais encor

De son sacro-saint ciboire ! Si bien que vous vous disiez : Dieu ! que l’on voudrait en boire ! En tapisser son gosier !

Or, sa vigne est ridicule, Chétivement elle croît Dans le vague crépuscule D’un bâtiment morne et froid,

Et le long d’un mur morose Comme un air d’accordéon. Autant vouloir qu’une rose Fleurisse dans l’Odéon.

Il en tire quelques litres D’un vin âpre, aigre, dur, sûr À faire grincer les vitres, À déconcerter l’azur ;

Une piquette hérétique, Un infâme reginglard, Sans âme, sans esthétique, Sans rien là, comme Abélard.

Et propre à salir la nappe Tout au plus, d’un cabaret ; Jamais le gosier d’un pape Ne s’en accommoderait.

N’en voulant pas pour sa table, C’est bien pourquoi — nous dit-on Il vend ce vin impotable, Pour s’en acheter du bon.

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