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1920

LE SAUCISSON

Raoul PONCHON

Parbleu ! mon gentilhomme, Éprouvé gastronome, Ce saucisson vainqueur Que ta munificence

M’adresse de Provence, Il me va droit au cœur. Mais, ami, je te parle : Quoi ! ce citoyen d’Arles

N’est-il qu’un saucisson, Bon pour le réfectoire, Un objet transitoire, Et privé de raison ?

Tudieu ! la belle mine ! Mais, plus je l’examine, Plus il me fait rêver. Et pour lui rendre hommage,

Je cherche quelque image, Et ne la puis trouver. C’est la masse d’Hercule… Sinon un tubercule

Monstrueux, tout en chair, Dont la forme phallique Rendrait mélancolique Un Abélard, mon cher !

Lorsque je me compare À ce saucisson rare, J’en ai comme un frisson, Et je me désapprouve.

À côté je me trouve Un bien petit garçon. Que dis-je ?… Dieu me damne, Si le… chose d’un âne

Ne me semble un joujou. Et le sceptre que braque Le prince de Lampsaque, Un pur sifflet d’un sou !

Je me demande même, En ma pudeur extrême, Prompte à s’effaroucher, Quelle feuille de vigne,

Tant il est gros et digne, Le pourrait bien cacher ?

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