Skip to content
1920

LE NU DANS LE CRIME

Raoul PONCHON

… Quant à moi, dès que je connus Que les assassins étaient nus, Sans perdre une seconde, Et de mon pas le plus léger,

J’allai chez Monsieur Bérenger, À l’âme pudibonde. Car notre illustre sénateur Étant le plus grand contempteur

Du Nu, qui soit en France, Il me semblait intéressant D’avoir son avis entre cent, En pareille occurrence.

Telle était donc la question : Connaître son opinion Sur le « Nu dans le crime », Sur ce Renard et son ami

Dont ce pauvre Monsieur Rémy Avait été victime. Dès qu’il me vit : « Les scélérats ! Fit-il — les sombres choléras !

Tenez j’en meurs de honte, Pour mon pays, s’il est bien vrai Que le crime fut perpétré, Ainsi qu’on le raconte.

« Ce fin Renard et son « comtois » Cet imbécile de Courtois, Laissez-moi vous le dire, Sans préjuger de leurs desseins,

Me semblent moins des assassins Que d’ignobles satyres. « Ils avaient — dit-on — adopté Une complète nudité,

Pour occire leur maître ; — Il fallait éviter le sang, Sur leurs habits, les accusant, Pouvant les compromettre.

« Allons donc ! Vous n’y pensez pas, Ce serait en faire, en ce cas, Des criminels-artistes ; Mais non, ce sont des possédés.

C’est ce que nous appelons des Exhibitionnistes. « Ils n’avaient rien prémédité Qu’une extrême impudicité…

Et c’est à mon estime, Alors qu’ils se virent tout nus. Atroces, hideux, saugrenus, Qu’ils conçurent leur crime.

« Crime horrible et sans précédents ! Car ces deux misérables, dans Leur folie ordurière, Tout en le lardant d’un poignard,

À cet infortuné vieillard Montrèrent leur derrière. « Qui sait si ce n’est pas d’abord De ce spectacle qu’il est mort ?…

À quatre-vingts ans d’âge, Où l’on est au bout de son fil, Soyez bien persuadé qu’il N’en faut pas davantage.

« Enfin, tel est mon sentiment : Il est mort de saisissement, Ce vieillard, sans nul doute. Oui, de saisissement — plutôt

Que des treize coups de couteau Qu’il reçut, somme toute. « — Pensez donc ! au coup de minuit, Un derrière qui vous poursuit,

Terrifiant et blême ! Moi-même je mourrais… d’ennui, En plein jour, rien qu’à voir celui De Vénus elle-même ! »

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
LE NU DANS LE CRIME · Raoul PONCHON · Poetry Cove