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1920

LA REINE, MA BLANCHISSEUSE

Raoul PONCHON

Ah ! c’est toi, chameau ! lui dis-je. Parbleu ! jeune callipyge, Depuis tantôt dix-sept ans Je t’espérais, pour te dire

Que c’est bien fini de rire. Avec mon linge. Il est temps. « Tu peux le garder ton linge — Fit-elle — espèce de singe !

Je m’en fous, et… faudrait voir À me parler moins à l’aise, Car je suis, ne t’en déplaise La reine de mon lavoir. »

Ah ! fichtre ! bouffre ! une reine ! Eh bien donc, ma souveraine, Je suis votre humble sujet. Sa Majesté veuille croire

Que me moquer de sa poire N’entre pas dans mon projet. Mais dis-moi, ma pauvre fille, Ornement de ta famille,

Pour être reine, tu n’en Es pas moins ma blanchisseuse ? Et c’est à la blanchisseuse Que je parle maintenant :

Écoute ! de quoi me plains-je ?… Eh bien, de ce que mon linge Connaît le pire destin, S’effrite sous tes doigts roses,

Et ne vit, comme les roses, Que l’espace d’un matin. Regarde-moi ces chemises ; Je les ai quatre fois mises,

Elles ont tantôt vécu ; Et, sans les croire éternelles, Je te livre des flanelles, Tu me rends des torche-culs !

Mes mouchoirs sont tout en miettes. Que dire de mes chaussettes ! Or, je voudrais bien savoir De quelle étrange lessive,

Furieuse et convulsive, Tu te sers à ton lavoir ? Mais, si je fais des grimaces, C’est surtout pour mes « limaces. »

Je me demande comment, — Soit dit — entre parenthèses, — Il se fait que tu m’empèses Chacune différemment ?

En voici, par exemple, une, Molle comme un clair de lune, Qui vous filtre entre les doigts ; Cette autre est une cuirasse,

Du Moyen Age… De grâce, Répartis mieux ton empois. À part ça, comme personne, Au fond, ne m’impressionne

Autant comme fait un roi, Sinon pourtant une reine, Je n’ai plus, ma souveraine, Qu’à m’incliner devant toi.

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