Un vieillard râlait sur sa couche Souffrant tous les maux d’ici-bas ; Déjà bleuissaient sur sa bouche Les violettes du trépas.
Cependant, d’aurore en aurore, Trahi par le cruel destin, Pour souffrir davantage encore Il s’éveillait chaque matin.
« Ô mort ! abrège mon martyre, » — Criait l’infortuné vieillard. — Il ne t’importe que j’expire Un peu plus tôt, un peu plus tard ?
« Je n’ai vécu que trop d’années, Et j’aspire à l’éternel soir ; Car dans mes prunelles fanées Le Monde se reflète en noir.
« Je n’attends plus rien de la Vie. Compte, au lieu de me l’acquérir, À la Jeunesse inassouvie Le temps qu’il me reste à courir. »
Et voilà que soudain, blafarde, Sous son masque de carnaval, Il vit l’effroyable camarde, Debout sur son seuil, à cheval !
« Enfin ! dit-il. Que tu m’es bonne, Toi, qui si longtemps me leurras ! » Et tout ainsi qu’à la Madone, Il lui tendit ses maigres bras.
Mais elle éperonna sa bête, Et continua son chemin, Sans seulement tourner la tête Vers ce vieillard en parchemin.
Plus loin, au milieu des prairies, Deux amants, ceux-là bien vivants, Couraient dans les herbes fleuries, Vous eussiez dit de deux enfants.
Ils ne connaissaient de la Vie, Les pauvres petits ! que l’Amour ; Et leur âme était asservie L’une à l’autre, sans nul retour.
Ils allaient, joyeux, par la plaine, Souriant de leurs yeux d’Avril ; Le vent retenait son haleine Pour ne troubler point leur babil.
Et voici que la Mort affreuse Rageusement fondit sur eux, Et d’un geste prit l’amoureuse Dans les bras de son amoureux.
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