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1920

LA FÊTE DU SOLEIL

Raoul PONCHON

J’allai donc de mon pas rapide, Interwiever, pour mon journal, Flammarion, notre intrépide Astronome national.

L’heure me semblait opportune. C’était le soir. Je le trouvai En train de farfouiller la Lune De son télescope éprouvé.

Avec une grâce parfaite Il m’accueillit : « Ah ! ah ! fit-il, Vous venez encor pour… la fête ? Vous me trouvez bien puéril ?…

« C’est vous, laissez-moi vous le dire. Qui n’êtes du tout sérieux. En vérité, je vous admire. Et quoi ! vous voilà furieux,

« Parce que, depuis des semaines, Le Soleil ne s’est pas montré ! Mais, malheureux énergumènes, Doit-il donc luire à votre gré ?

« Vous autres, terriens, en masse, Vous ne vous doutez pas que si Le Soleil vous fait la grimace. C’est pour les raisons que voici :

Au temps heureux des premiers âges, C’était un dieu des plus puissants, Ayant ses pontifes, ses mages, Dont il subodorait l’encens.

Et, pour se le rendre propice, Chaque matin, au point du jour, On lui offrait des sacrifices Avec des prières autour.

Aujourd’hui, mufles que vous êtes, Vous le traitez comme un hébreu. Alors, il choisit ses planètes, Et vous néglige quelque peu.

Cette fête est donc ordonnée Pour vous le rerendre flambart, Oui. Je veux qu’il ait sa journée, À l’instar de Sarah Bernhardt.

Le vingt et un juin, dès l’aurore, Au mitan de la Tour Eiffel Dès que nous le verrons éclore, Nous nous écrierons : c’est Blondel !

Et moi, coiffé d’un « pschent » énorme, Selon les rites coutumiers, À la deuxième plate-forme Je sacrifierai trois béliers.

Puis je ferai, pour l’assistance, Après quelques libations, Une petite conférence, Avec maintes projections.

Revenus sur la terre ferme, Un chœur de mille exécutants Nous régalera dur et ferme, D’une cantate de Rostand ;

Enfin, pour corser le programme. Nous irons dans un cabaret, Songer au salut de notre âme. En buvant quelque bon clairet. »

— Mais, pardon, lui dis-je, cher maître Qu’arrivera-t-il, dans le cas Où, pour votre fête champêtre Le Soleil ne paraîtrait pas ?

— À la guerre comme à la guerre. On s’en passerait, c’est certain. Au surplus, nous ne risquons guère En emportant notre « pépin. »

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