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1920

LA COMÈTE

Raoul PONCHON

Voici la comète ! Elle accourt Du fond des immensités bleues ; Elle n’est plus guère, à ce jour, Qu’à quelques milliards de lieues !

Un rien qui sera tôt bouffé. Qu’est cela pour elle ? C’est comme Pour Bibi changer de café. Donc bientôt, de Paris à Rome,

On la verra faire le paon. Et déjà plus d’un se demande Si le sort du monde en dépend ; Or, dans le doute, il appréhende.

Serons-nous donc carbonisés, Au contact de cette comète, Consumés, volatilisés, Ni plus ni moins qu’une allumette ?…

On en voit qui, mourant d’effroi, Ne vivent plus que dans leurs caves. Après tout, c’est un bon endroit, Qui plaît aussi bien aux plus braves.

J’en sais qui font leur testament. Voilà que je comprends moins, puisque, S’il arrive un chambardement, Nous courons tous le même risque.

À quoi bon se mettre en souci ? Si notre misérable monde Doit disparaître ces jours-ci, Ce sera fait dans la seconde.

J’aime mieux périr par le feu, D’ailleurs, que par l’eau. Sale affaire, Qu’un déluge ! Songez un peu Que d’eau ça mettrait dans mon verre !

Enfin, je suis tout résigné. Pourvu que j’aie, en quelque sorte, Le temps de prendre le « dernier » … Cette comète ne m’importe.

Mieux que ça, loin de m’inspirer Une terreur moyenâgeuse, Je dis qu’il faut bien augurer De cette belle voyageuse.

Vous verrez comme elle sera Bénigne entre les plus bénignes ; Et comme elle influencera De la bonne façon nos vignes !

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