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1920

IMPÔT SUR LE TABAC

Raoul PONCHON

Ce bonhomme ne défumait De toute la sainte journée ; Vous eussiez dit son calumet Une petite cheminée.

Or, voilà qu’un jour l’aborda Un des membres de cette ligue, Qui, contre l’abus du tabac Inutilement se fatigue :

« Eh bien ! monsieur, — dit celui-ci Le nouvel impôt que voici Doit vous embêter, et pour cause. N’est-ce pas l’impôt qui s’impose !

Vous allez un peu moins fumer, De ce coup ? — Quel enfantillage ! Parbleu, je puis vous affirmer Que je fumerai davantage.

Je suis patriote, avant tout. L’État cherche de l’or partout, Je trouve donc fort légitime Que de quelque nouveau centime

Il me majore son tabac ; D’autant que, pour être sincère, Il est tout aussi nécessaire Que le pain, à mon estomac.

— Mais enfin — dit l’autre — que diable ! Le tabac… il n’est pas niable, Que si vous en faites abus, Vos facultés n’agissent plus.

Lentement il vous intoxique Tant le moral que le physique. Vous vous détruisez à ce jeu, Et sur vous la mort anticipe…

— C’est ça qui m’inquiète peu, — Dit mon fumeur, bourrant sa pipe — Je fume depuis très longtemps, Et je vais sur mes septante ans.

— Soit ! mais puisque aussi bien on cause, Laissez-moi vous dire autre chose : Si vous aviez mis de côté Tout l’argent que vous a coûté

Ce tabac affreux, délétère, Peut-être — songez à cela — Que vous seriez propriétaire De cette maison que voilà ?…

— Ma foi, monsieur le bon apôtre, Vous êtes merveilleux ! mais quoi !… Cette maison est-elle vôtre ?… — Non. — Je crois bien, elle est à moi ! »

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