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1920

DISTIQUE ÉTRUSQUE

Raoul PONCHON

Vous saviez, n’est-ce pas ? que jusque À ces jours-ci, la langue étrusque Laissait à ce point interdits Nos savants les plus érudits,

Qu’elle n’était, à les en croire, Qu’un indéchiffrable grimoire. — « Nous sommes pourtant — disaient-ils — Des polyglottes fort subtils

Et d’incomparables linguistes ; Il n’est « sabir » qui nous résiste ; Nous avons la prétention, Nous autres, des « Inscriptions »,

De pénétrer toutes les langues, Les plus mortes, les plus exsangues, Et l’on nous doit quelque crédit, Si donc cet étrusque maudit,

En tant que langue nous échappe, Nous pouvons, sans risquer beaucoup, Affirmer qu’il n’est qu’un attrape- Nigaud, inventé, tout d’un coup,

Par une folle créature, Pour donner de la tablature À tous les lettrés à venir. » Ainsi parlaient nos polyglottes,

Sans plus de ce jargon languir Que de leur première culotte. Ils s’en tenaient là, quand voilà Qu’à leur réunion dernière

Sous la Coupole familière, L’un d’eux, dit : « Messieurs, halte là ! Je viens de traduire un distique De ce langage étrurien.

Il n’a rien d’apocalyptique, De Mallarméen… Aussi bien, Admirez ce qu’il signifie, En sa douce philosophie :

« Le Vin, pour noyer le chagrin Est un remède souverain ». — « Eh bien ! au moins c’est laconique, — Fit un autre savant docteur —

La peste soit de ce distique, Comme de son Étrusque auteur ! Certes, le Vin est un vrai baume, Mais il me semble superflu

De connaître un patois de plus, Qui formule un tel axiome. »

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