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1920

CHANSON D’AUTOMNE

Raoul PONCHON

Laisserai-je passer l’automne, Sans le chanter ? Non, non. Je n’y puis résister ; Croyez-moi, c’est la bonne

Saison. Allons-y de notre chanson. Que d’aucuns chantent sur leur lyre Ce qu’ils voudront,

Et qu’ils convoitent pour leur front Les lauriers d’un Shakespeare… Ma foi, C’est leur affaire. Quant à moi,

Qui me fiche autant de la gloire Que d’un corset Vide, et suis né, comme l’on sait, Uniquement pour boire,

Je bois ! Que si j’ose élever la voix Dans le tumulte de la Vie, Ce n’est que pour

Célébrer le Vin et l’Amour, Et l’amour de ma mie, Ô gué ! Encor suis-je bien fatigué !

Que d’autres chantent sur leur lyre Le doux Printemps, C’est gentil quand on a vingt ans ; Ce serait du délire

À moi, De m’emballer à son endroit. Sans remonter au Moyen Âge, Ne vais-je pas

Toucher… encore quelques pas — À l’hiver de mon âge ?… Hélas ! Ce que c’est de nous, Babylas !

Un coq, chaque matin, me guette « Fini, l’été ! Dit-il. — C’est temps, en vérité, De fermer ta brayette,

Ponchon ! Ouvre ta cave, mon cochon ! « Tes dents, vrais haricots malades, Fichent le camp,

Au moindre vent qui souffle, ou quand Tu manges des panades ; Et ton Crâne est plus chauve qu’un toton. »

Las ! je cassais des clous, naguère, Avec mes dents. J’avais des cheveux abondants À ne savoir qu’en faire,

Jadis ! Il ne m’en reste plus que dix ! C’est pourquoi, je vous le répète, Je bois du vin,

Car il me semble en avoir vingt, Dès que je suis pompette. Et quoi Nous sauve, si ce n’est la foi !

Vive donc le superbe automne, Rouge et doré ! Le vin magnifique et sacré, Qui chante dans la tonne,

Le vin… Je ne dis pas l’eau… mais le Vin !

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