Le joli vin de mon ami N’est pas un gaillard endormi ; À peine échappé de la treille, Sans se soucier de vieillir,
Il ne demande qu’à jaillir De la bouteille. Le cœur aussi de mon ami Ne se donne pas à demi ;
Il n’est jamais d’humeur chagrine Toujours prompt à vous accueillir, Il ne demande qu’à jaillir De sa poitrine.
À peine vous êtes chez lui Que son regard vous réjouit. Il descend bien vite à la cave, Et vous en rapporte un flacon
De son petit vin rubicond. Ah ! le vieux brave ! Mais, où son geste est éloquent Et religieux, c’est bien quand
Il saisit son verre pour boire ; Il me semble alors que je vois Rutiler au bout de ses doigts Le Saint Ciboire !
Puis, à mesure que le vin Descend dans ce profond ravin Qui est son gosier grandiose, Sa bonne figure apparaît
Resplendissante, on la croirait En métal rose. Son âme dans ses yeux fleurit. Il s’abandonne, et s’attendrit
Sur le sort du commun des hommes Qui n’ont pas de ce vin subtil Et potitif. « Pauvres — dit-il — Gueux que nous sommes ! »
Après boire, cet être en or Devient plus magnifique encor. Car, telle est du Vin l’efficace Qu’il rend meilleurs les braves gens.
Cependant que les cœurs méchants Il coriace. C’est merveille que de l’ouïr. Les mots viennent s’épanouir
Sur sa bouche sacerdotale, En aphorismes prompts et courts. Jamais en de trop longs discours Il ne s’étale.
Son verbe est sagace et prudent, Il parle comme un président, Et dit des choses éternelles, Que je m’abstiens de répéter,
Pour ne pas les beautés gâter Qui sont en elles. Que le Seigneur, le Seigneur Dieu Avant qu’en son paradis bleu
Il ne rappelle à lui ce sage, Pour trinquer avec ses élus, Nous le garde cent ans et plus, Et davantage.
Cookies on Poetry Cove