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1920

AU CABARET

Raoul PONCHON

En lisant les ci-dessus lignes, Je pensai : voilà du « chiqué » ; D’autre part, Edison les signe, Qui ne passe pas pour toqué.

Je ne le crois pas davantage Un farceur, un mauvais plaisant, Un vieillard fou de radotage… Quoi qu’il en soit, essayons-en.

Étant donné son axiome, Je dis en mon for : « Voyons voir » Si je jouis du moindre atome D’intelligence. Il faut savoir.

Or, je puis le dire sans feinte, Au même instant, j’étais campé Par hasard, devant une absinthe, D’aventure — dans un café,

À l’heure où le soleil décline. Ainsi donc, le premier objet Était cette absinthe opaline, Que mon regard interrogeait ;

Dans l’espoir qu’il me viendrait d’elle, Une idée, un éclair subit Qui m’activerait la cervelle Et dont je tirerais profit.

Je l’avais encor ménagée, Mais tel n’était point mon projet ; Et je la bus d’une gorgée, Pour être plein de mon sujet.

Sans doute elle était trop légère, Car je restai comme devant, Après avoir vidé mon verre, En dépit de notre savant.

Alors, j’en pris une seconde — Vous eussiez dit des pois cassés ; Elle ne fut pas plus féconde En solutions, vous pensez !…

Je devins un peu plus loquace, Et plus agité, voilà tout ; Je bavardai comme une agace, Et pour ne rien dire, surtout…

N’importe, ô bourreau de science, Rare et merveilleux Edison ! Cette dernière expérience Te donne absolument raison :

On doit, pour peu qu’on y médite, Tirer profit de tout, c’est sûr : Ainsi, cette absinthe maudite, J’aurai toujours « profité sur »…

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