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1827

LE PÈLERIN

Jean POLONIUS

Gentille batelière Des rives de l’Adour, Les cils de ta paupière Sont humectés d’amour.

La volupté respire En tes yeux, en tes bras ; Mais ton charmant sourire Ne me retiendra pas.

Sur ton humble nacelle Amené dans ce jour, Avant l’aube nouvelle J’aurai fui sans retour.

Ah ! jette un œil moins tendre Sur un pauvre étranger ; Il ne saurait te rendre Qu’un regard passager.

Vois-tu la feuille morte Glisser le long des eaux ? Ainsi, l’heure m’emporte Vers des climats nouveaux.

Le saule en vain murmure Sur ces bords inconnus ; Demain leur onde pure Ne me reverra plus.

De la rive à la rive Les flots poussent les flots, Et, toujours fugitive, L’eau coule sans repos.

Ainsi toujours chemine Le pèlerin errant Des bois à la colline, De l’aurore au couchant.

Les monts, les eaux, les plaines, Les êtres et les lieux, Comme des ombres vaines Passent devant ses yeux.

A tout ce qu’il envie S’arracher sans jouir, Hélas ! voilà sa vie : Un regard, un soupir.

Toujours changeant de scènes Pour changer de regrets, Il va formant des chaînes Qu’il doit rompre a jamais.

S’il est aimé, s’il aime, Malheur, malheur à lui ! La moitié de lui-même Reste au lieu qu’il a fui.

Il est plus d’un rivage Ou sourit un ciel pur, Ou frémit le feuillage, Où la vague est d’azur ;

Mais il est de ces charmes Qu’une fois entrevus, Dans ce vallon de larmes, On ne rencontre plus.

Adieu donc ! — En notre âme N’éveillons pas l’amour, Puisque pour nous sa flamme Ne brillerait qu’un jour.

Il vaut mieux pour la vie Nous oublier tous deux, Comme la vague oublie Le sillage écumeux.

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