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1827

À ADOLPHE

Jean POLONIUS

Tu vas errer sur ces rivages Où glisse l’onde du Léman, Où s’élance au sein des nuages La cime altière du Mont-Blanc.

Ah ! que ne puis-je, sans entrave, Suivre ta course vers ces lieux, Comme l’oiseau, longtemps esclave, Dont l’aile a retrouvé les cieux !

Tu verras ces douces retraites Où Voltaire acheva ses jours, Ou Byron chanta les tempêtes, Où Rousseau peignit les amours.

Près du nid de l’aigle sauvage Tu verras bondir le chamois, Près du torrent gonflé de rage S’entr’ouvrir la rose des bois.

De ces monts dont la neige blanche Réfléchit les feux du couchant, De ces glaciers d’où l’avalanche Roule son char retentissant,

Du fond des bois, du sein des plaines Jette un regard, donne un soupir À ton ami, qui dans ses chaînes S’agite en vain pour s’affranchir.

Pense à lui, lorsque sous l’ombrage, Au pied des paisibles chalets, Tu verras du pâtre sauvage Les jeux simples et sans apprêts.

Pense à lui, qui, forcé de plaire À ceux même qu’il voudrait fuir, Dans leur vaine et brillante sphère, Se fait un devoir du plaisir.

Pense à lui, quand du lac tranquille Sur ta barque effleurant les eaux, Tu verras l’hirondelle agile D’un coup d’aile écumer les flots.

Loin du bruit et de la poussière, Que de fois a-t-il souhaité Un ciel pur, un lac solitaire, Une barque et la liberté !

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