Il dort ; un baiser le réveille.
O surprise ! ô douce merveille !
D'Amours légers environné,
Un char par des cygnes traîné
Dans l'air l'emporte avec vitesse.
La crainte agite ses esprits ;
Mais la belle et tendre Déesse
Le rassura par un souris.
Sur des coussins de pourpre fine,
Près de sa maîtresse divine
Il s'assied, d'amour éperdu.
Aussitôt un voile étendu
Forme pour eux un dais utile.
Myrtis, de surprise immobile,
Dans Vénus revoit les appas
Des déesses et des mortelles
Que ses yeux trouvèrent si belles,
Et qui tombèrent dans ses bras.
Elle répond à son silence :, "
Je t'aimai long-temps en secret.
Tout est facile à ma puissance ;
Et Vénus de ton inconstance
Fut toujours la cause et l'objet. »
A ces mots, au berger timide
Ses bras d'albâtre sont tendus ;
Par degrés à sa bouche avide
Elle livre ses charmes nus,
Sous les baisers devient plus belle ;
Enfin permet tout à Myrtis,
Et lui dit : « Sois aussi fidèle
Et moins malheureux qu'Adonis. "
Consumé d'amour et d'ivresse,
Sur les lèvres de sa maîtresse
Myrtis boit le nectar divin ;
Il meurt et renaît sur son sein ;
Et cependant le char rapide,
Glissant avec légèreté
Dans l'air doucement agité,
Descend vers les bosquets de Guide.