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1775

TABLEAU XXVIII

Évariste PARNY

Le sombre Pluton sur la terre Était monté furtivement. De quelque Nymphe solitaire Il méditait l'enlèvement.

De loin le suivait son épouse : Son indifférence est jalouse. Sa main encor cueillait la fleur Qui jadis causa son malheur :

Il renaissait dans sa pensée. Myrtis passe : il voit ses attraits, Et la couronne de cyprès A ses cheveux entrelacée.

Il se prosterne ; d'une main Elle fait un signe ; et soudain Remonte sur son char d'ébène. Près d'elle est assis le berger.

Les coursiers noirs d'un saut léger Ont déjà traversé la plaine. Ils volent ; des sentiers déserts Les conduisent dans les enfers.

Du Slyx ils franchissent les ondes : Caron murmurait vainement ; Et Cerbère sans aboîment Ouvrait ses trois gueules profondes,

Le berger ne voit point Minos, Du Destin l'urne redoutable, D'Alecton le fouet implacable, Ni l'affreux ciseau d'Alropos.

Avec prudence Proserpine Le conduit dans un lieu secret, Où Pluton, admis à regret, Partage sa couche divine.

Myrtis baise ses blanches mains : La presse d'une voix émue, Et la déesse demi-nue Se penche sur de noirs coussins.

Elle craint un époux barbare : Le berger quitte le Tartare. Par de longs sentiers ténébreux Il remonte et sa main profane

Ouvre la porte diaphane D'où sortent les Songes heureux. Morphée a touché sa paupière ; Elle dort sous l'ombrage frais.

Des Zéphyrs l'aile familière Dévoile ses charmes secrets. Myrtis vient, ô douce surprise ! « Hier, au temple de Vénus,

Dit-il, j'ai fléchi ses refus : Dérobons la faveur promise… Non, je respecte son sommeil ; J'aurai le baiser du réveil. »

Il voit un bouquet auprès d'elle ; Des roses il prend la plus belle ; Avec adresse, avec lenteur, Sa main la place sur l'ébène,

Et sa bouche baise la fleur. Il s'éloigne alors, non sans peine, Et se cache dans un buisson, D'où sort un léger papillon.

L'insecte léger voit la rose, Un moment sur elle se pose, Puis s'envole, et fuit sans retour. Myrtis dit tout bas : « C'est l'Amour. "

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