« Arrêtez, charmante Déesse !
Votre main au banquet des cieux,
Verse le nectar et des Dieux
Vous éternisez la jeunesse. —
Il est vrai : dans ma coupe d'or
Tes lèvres trouveront encor
De ce breuvage quelque reste :
Bois donc. — J'ai bu. Quelle chaleur
Pénètre mes sens et mon cœur !
Restez, ô déesse ! — Je reste. »
Il est heureux, et ses désirs
Demandent de nouveaux plaisirs.
En riant, la jeune immortelle
S'échappe, fuit et disparaît,
Le berger en vain la rappelle.
Seul il marche, de la forêt
Il suit les routes ténébreuses ;
Et là dans ses bras tour à tour
Tombent les maîtresses nombreuses
Qu'un moment lui donna l'amour.
Un moment, bergères, princesses',
Nymphes, bacchantes et déesses,
Reçoivent ses baisers nouveaux,
Puis s'échappent : point de repos ;
Du nectar la douce puissance
Soutient sa rapide inconstance.
Ses vœux n'appelaient point Vesta,
Et dans son temple elle resta.
Las enfin, sous le frais ombrage
Il s'assied, et sa faible voix
Implore une seconde fois
L'échansonne au divin breuvage.
Elle vient ; à Myrtis encor
Sa main offre la coupe d'or,
Et déjà les désirs renaissent.
De son bienfait Hébé jouit ;
Sous ses attraits les fleurs s'affaissent ;
Plus belle ensuite elle s'enfuit,
Le berger, dont la douce plainte
La poursuit jusque, dans les cieux,
Sur le gazon voluptueux
De ses charmes baise l'empreinte,
Et le Sommeil ferme ses yeux.