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1775

TABLEAU XXIX

Évariste PARNY

« Arrêtez, charmante Déesse ! Votre main au banquet des cieux, Verse le nectar et des Dieux Vous éternisez la jeunesse. —

Il est vrai : dans ma coupe d'or Tes lèvres trouveront encor De ce breuvage quelque reste : Bois donc. — J'ai bu. Quelle chaleur

Pénètre mes sens et mon cœur ! Restez, ô déesse ! — Je reste. » Il est heureux, et ses désirs Demandent de nouveaux plaisirs.

En riant, la jeune immortelle S'échappe, fuit et disparaît, Le berger en vain la rappelle. Seul il marche, de la forêt

Il suit les routes ténébreuses ; Et là dans ses bras tour à tour Tombent les maîtresses nombreuses Qu'un moment lui donna l'amour.

Un moment, bergères, princesses', Nymphes, bacchantes et déesses, Reçoivent ses baisers nouveaux, Puis s'échappent : point de repos ;

Du nectar la douce puissance Soutient sa rapide inconstance. Ses vœux n'appelaient point Vesta, Et dans son temple elle resta.

Las enfin, sous le frais ombrage Il s'assied, et sa faible voix Implore une seconde fois L'échansonne au divin breuvage.

Elle vient ; à Myrtis encor Sa main offre la coupe d'or, Et déjà les désirs renaissent. De son bienfait Hébé jouit ;

Sous ses attraits les fleurs s'affaissent ; Plus belle ensuite elle s'enfuit, Le berger, dont la douce plainte La poursuit jusque, dans les cieux,

Sur le gazon voluptueux De ses charmes baise l'empreinte, Et le Sommeil ferme ses yeux.

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