Dans l'onde fraîche une bergère
Se baignait durant la chaleur.
Sur le rivage solitaire
Myrtis passe ; au cri de frayeur
Il répond avec un sourire :
« Ne craignez rien : sous ces berceaux,
Sage et discret, je me retire.
Mais quand vous sortirez des eaux,
Je vous habillerai moi-même.
— Sois généreux, jeune Myrtis,
Et n'emporte pas mes habits,
Peut-être la Nymphe qui t'aime
Saura te » Discours superflus !
Le berger ne l'entendait plus.
De l'onde elle sort, et tremblante
Elle arrive sous le bosquet.
Malgré sa prière touchante,
Myrtis poursuit son doux projet.
En plaçant la courte tunique
Sur ce corps de rose et de lis,
Il touche une gorge élastique
Et d'autres charmes arrondis ;
Sa main rattache la ceinture,
Trop haut d'abord et puis trop bas :
La bergère en riant murmure,
Et cependant ne l'instruit pas.
A son humide chevelure
On rend le feston de bluets
Qui toujours forme sa parure.
Les brodequins viennent après :
Long-temps incertaine et craintive,
Elle rougit, enfin s'assied,
A Myrtis présente son pied,
Et sa rougeur devient plus vive.
Dans ce moment heureux, Phébus
Était au haut de sa carrière ;
Le jour finit', et la bergère
Avait encore les pieds nus.