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1775

TABLEAU XIX

Évariste PARNY

L'amour ne connaît point la crainte. Du bois Myrtis franchit l'enceinte ; Il s'y cache, et voit s'approcher Celle qu'il ose ainsi chercher.

Ses traits sont purs ; la violette S'entrelace à la bandelette Qui couronne son front serein. Sur sa longue robe de lin

Descend une courte tunique ; Son regard est doux et pudique". Myrtis paraît, elle rougit ; Il prévient sa fuite, et lui dit :

« De Minerve jeune prêtresse, Mes yeux te suivaient à l'autel. J'ai vu tes mains à la Déesse Offrir un encens solennel.

— Fuis.— Ne sois pas inexorable. — Fuis donc ! — Avec toi je fuirai. — Des fers attendent le coupable Qui profane ce bois sacré.

— Ta bouche menace et soupire. — Imprudent ! je plains ton délire : Crains le trépas, retire-toi. — Non. — Minerve, protége-moi. »

Mot fatal ! son âme alarmée Le rétracte, mais vainement ; Entre les bras de son amant Elle est en myrte transformée.

Il recule, saisi d'horreur ; Il doute encor de son malheur ; D'une voie éteinte il appelle La jeune vierge ; avec frayeur

Il touche l'écorce nouvelle ; Ses pleurs coulent, et sa douleur Maudit la Déesse inflexible. Dans le bois il entend du bruit ;

Il embrasse l'arbre insensible, S'éloigne, revient et s'enfuit.

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