L'amour ne connaît point la crainte.
Du bois Myrtis franchit l'enceinte ;
Il s'y cache, et voit s'approcher
Celle qu'il ose ainsi chercher.
Ses traits sont purs ; la violette
S'entrelace à la bandelette
Qui couronne son front serein.
Sur sa longue robe de lin
Descend une courte tunique ;
Son regard est doux et pudique".
Myrtis paraît, elle rougit ;
Il prévient sa fuite, et lui dit :
« De Minerve jeune prêtresse,
Mes yeux te suivaient à l'autel.
J'ai vu tes mains à la Déesse
Offrir un encens solennel.
— Fuis.— Ne sois pas inexorable.
— Fuis donc ! — Avec toi je fuirai.
— Des fers attendent le coupable
Qui profane ce bois sacré.
— Ta bouche menace et soupire.
— Imprudent ! je plains ton délire :
Crains le trépas, retire-toi.
— Non. — Minerve, protége-moi. »
Mot fatal ! son âme alarmée
Le rétracte, mais vainement ;
Entre les bras de son amant
Elle est en myrte transformée.
Il recule, saisi d'horreur ;
Il doute encor de son malheur ;
D'une voie éteinte il appelle
La jeune vierge ; avec frayeur
Il touche l'écorce nouvelle ;
Ses pleurs coulent, et sa douleur
Maudit la Déesse inflexible.
Dans le bois il entend du bruit ;
Il embrasse l'arbre insensible,
S'éloigne, revient et s'enfuit.