Myrtis sur le fleuve rapide
Voit un esquif abandonné,
Qui, par le courant entraîné,
Vogue sans rames et sans guide.
An milieu des flots le berger
S'élance, et dans l'esquif léger
Il trouve une fille jolie,
Sur un lit de joncs endormie :
Elle sourit dans son sommeil ;
Et sa bouche alors demi-close
Montre l'ivoire sous la rose.
Un baiser produit son réveil ;
Un baiser étouffe ses plaintes,
Un baiser adoucit ses craintes ;
Un autre cause un long soupir ;
Un autre allume le désir ;
Un antre achève le plaisir,
Et lentement la fait mourir.
Elle renaît soumise et tendre,
Ne voile point ses charmes nus,
Et sans peine consent à rendre
Tous les baisers qu'elle a reçus.
Soudain les flots sont plus tranquilles ;
Et le bateau légèrement
Glisse sur les" vagues dociles
Qui le balancent mollement.