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1775

TABLEAU XI

Évariste PARNY

Le ciel est pur, mais sans lumière ; L'ombre enveloppe l'hémisphère. Myrtis, égaré dans les bois, Trouble en vain leur vaste silence ;

L'écho seul répond à sa voix. Du rendez-vous l'heure s'avance ; Adieu l'amoureuse espérance, Adieu tous les baisers promis.

« Des nuits malfaisante déesse, Disait-il, je hais ta tristesse ; Je hais tes voiles ennemis. » Il parle encore, et l'immortelle,

Comme Vénus riante et belle, Se présente à ses yeux surpris. Recouverts de crêpes humides, Son char et ses coursiers rapides

De l'ébène offrent la couleur. A l'entour voltigent les Songes, Les Spectres et les vains Mensonges, Fils du Sommeil et de l'Erreur.

De son trône elle est descendue. Le berger se trouble à sa vue, Et la crainte saisit son cœur ; Mais la déesse avec douceur,

« Jeune imprudent, je te pardonne. Je ferai plus ; oui, mon secours Est souvent utile aux Amours. Que veux-tu ? parle, je l'ordonne. »,

Myrtis, que charme sa beauté, Garde le silence et l'admire ; L'immortelle par un sourire Enhardit sa timidité.

Elle a déposé sur la terre Le pâle flambeau qui l'éclaire. A ses cheveux bruns et tressés Des pavots sont entrelacés ;

Une légère draperie, Noire et d'étoiles enrichie, Trahit l'albâtre de son corps, Et de l'amour les deux trésors.

Sur l'herbe s'assied la déesse ; Le berger s'y place à son tour. Il voit et baise avec ivresse Des charmes inconnus au jour.

Un feu renaissant le dévore. " Encore, disait-il, encore. Que nos plaisirs soient éternels ! » Elle sourit, et de l'Aurore

Le retard surprit les mortels.

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