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LE VOYAGE MANQUÉ

Évariste PARNY

Abjurant ma douce paresse, J'allais voyager avec toi ; Mais mon cœur reprend sa faiblesse ; Adieu, tu partiras sans moi.

Les baisers de ma jeune amante Ont dérangé tous mes projets. Ses yeux sont plus beaux que jamais ; Sa douleur la rend plus touchante.

Elle me serre entre ses bras, Des dieux implore la puissance, Pleure déjà mon inconstance, Se plaint et ne m'écoute pas.

A ses reproches, à ses charmes, Mon cœur ne sait pas résister. Qui ! moi, je pourrais la quitter ! Moi, j'aurais vu couler ses larmes,

Et je ne les essuîrais pas ! Périssent les lointains climats Dont le nom causa ses alarmes ! Et toi, qui ne peux concevoir

Ni les amans, ni leur ivresse ; Toi, qui des pleurs d'une maîtresse N'a jamais connu le pouvoir, Pars ; mes vœux te suivront sans cesse.

Mais crains d'oublier ta sagesse Aux lieux que tu vas parcourir ; Et défends-toi d'une faiblesse Dont je ne veux jamais guérir.

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