« La nuit s'écoule, et vainement J'attends l'ingrat qui me délaisse. Quelle froideur dans un amant ! Quel outrage pour ma tendresse !
Hélas ! l'hymen fait mon malheur ; Libre enfin, jeune encore et belle, J'aimai, je connus le bonheur ; Et voilà Dorval infidèle !
Chez un peuple sensible et bon, Si noble et si galant, dit-on, Combien les femmes sont à plaindre ! L'hymen, l'amour, l'opinion,
Les lois même, il leur faut tout craindre Trop heureux ce monde lointain, Fidèle encore à la nature, Où l'amour est sans imposture,
Sans froideur, sans trouble et sans fin ! » Pendant cette plainte chagrine, Du jour tombe le vêtement, Et sur le duvet tristement
Se penche la jeune Céline. Un propice habitant du ciel, Connu de la Grèce païenne, Une substance aérienne
Que là-haut on nomma Morphel, Descend, l'emporte, et la dépose Dans ce désert si bien chanté, Sur ces joncs si fameux qu'arrose
Le Mississipi tant vanté. Des vrais amours c'est le théâtre. Heureuse Céline ! en marchant, La ronce et le caillou tranchant
Ensanglantent tes pieds d'albâtre ; Mais ils sont vierges ces cailloux, Vierges ces ronces ; quel délice ! Vierge encore est ce précipice :
Pourquoi fuir un danger si doux ? Dans ce moment vers notre belle Un homme accourt ; noir, sale et nu, Debout il reste devant elle,
Et regarde : cet inconnu Est un sauvage véritable, Étranger aux grands sentimens, Bien indigène, et peu semblable
Aux sauvages de nos romans. Je t'épouse, mais rien ne presse ; En attendant, prends sur ton dos Ces outils, ces pieux et ces paux ;
Double ta force et ton adresse. Au pied de ce coteau lointain Cours vite, choisis bien la place, Et bâtis ma hute ; demain
Je te rejoins, et de ma chasse Pour moi tu feras un festin : Je pourrai t'en livrer les restes Bonsoir ; bannis cet air chagrin,
Et relève ces yeux modestes : Tu le vois, ton maître est humain. » Qu'en dites-vous, jeune Céline ? Rien ; elle pleure, et de Morphel
Fort à propos l'aile divine L'emporte sous un autre ciel. La voilà planant sur les îles De ce pacifique océan,
Qui ne l'est plus, quand l'ouragan Vient fondre sur les flots tranquilles, Ce qu'il fait souvent, comme ailleurs. De vingt peuplades solitaires
Elle observe les lois, les mœurs, Et surtout les galans mystères ; Mystères ? non pas ; leur amour A la nuit préfère le jour.
Céline, en détournant la vue : « L'innocence est aussi trop nue, Trop cynique ; ces bonnes gens, Moins naturels, seraient plus sages.
A l'Amour quels tristes hommages ! Les malheureux n'ont que des sens. Quoi ! jamais de jalouses craintes ? Jamais de refus ni de plaintes ?
Point d'obstacles, point d'importuns ? La rose est ici sans piqûre, Mais sans couleur et sans parfums. Un peu d'art sied à la nature ;
Oui, sur l'étoffe de l'amour Elle permet la broderie. Adieu donc, adieu sans retour A toute la sauvagerie,
Bonne dans les romans du jour. » Hélas ! elle n'en est pas quitte,' Et se trouve, non sans regrets, Parmi les nouveaux Zélandais.
La peuplade qu'elle visite D'une zagaie arme sa main, Y joint une hache pesante, Et marche fière et menaçante
Contre le repaire voisin. Femmes, enfans, et leurs chiens même, Tout combat, l'ardeur est extrême, Chez Céline extrême la peur.
Les siens sont battus ; le vainqueur Saisit sa belle et douce proie ; Il touche, en grimaçant de joie, La jambe, les mains et les bras ;
Il touche aussi la gorge nue, Et dit : « Elle est jeune et dodue ; Pour nous quel bonheur, quel repas ! " Elle frémit, et sur sa tête,
Ses cheveux se dressent ; Morphel Dérange ce festin cruel ; En Chine elle fuit et s'arrête. Près d'elle passe un Mandarin,
Qui la voit, l'emmène et l'épouse. Il n'aimait pas ; mais à Pékin L'indifférence est très jalouse. Céline d'un brillant palais
Devient la reine ; hélas ! que faire, Dans un grand palais solitaire, D'une royauté sans sujets ? D'honneurs lointains on l'environne,
A ses beaux yeux à peine on donne Du jour quelques faibles rayons, Et dans le fer on emprisonne La blancheur de ses pieds mignons.
L'époux du moins est-il fidèle ? Touche-t-il à ce doux trésor, Et sait-il que sa femme, est belle ? Point ; il achète au poids de l'or
Une guenon et pis encor. Bon Morphel, hâtez-vous ; Céline Jamais n'habitera la Chine. Il est sans doute moins-jaloux,
Et plus brave il sera plus doux, Le fier et vagabond Tartare, Vainqueur des Chinois si rusés, Si nombreux, et nommé barbare
Par ces fripons civilisés. D'une cabane solitaire S'approche la belle étrangère ; Elle entre ; quoi ! point d'habitans ?
Vient un jeune homme, en trois instans Elle est amante, épouse, mère : En voyage on abrége tout. Plaignons cette mère nouvelle. "
Du ménage le soin t'appelle, Dit son Tartare ; allons, debout ! » Elle se lève, il prend sa place, Hume le julep efficace,
Avale un bouillon succulent, Puis un autre, craint la froidure, Dans les replis d'une fourrure S'enfonce, parle d'un ton lent
Tient sur sa poitrine velue, Et berce dans sa large main, L'enfant que sa mère éperdue Abandonne et reprend soudain ;
Reçoit la bruyante visite De l'ami qui le félicite, Des parens et des alentours ; Et pendant tous ces longs discours,
La jeune épouse qu'on délaisse S'occupe, malgré sa faiblesse, De l'accouché qui boit toujours. « A ce sot usage, dit-elle ;
Il faudra bien s'accoutumer. Mon époux du reste est fidèle, Point négligent ; on peut l'aimer. » Tout en aimant, dans leur chaumière.
Leur bienveillance hospitalière Admet un soir deux voyageurs, L'un vieux, l'autre jeune : on devine Qu'avec grâce et gaîté Céline
Du souper leur fait les honneurs. Sa curiosité naïve Les écoute et devient plus vive. Mais pendant les récits divers,
Sur leurs yeux les pavots descendent, Et séparément ils s'étendent Sur des joncs de peaux recouverts. La Tartarie est peu jalouse.
« Va, dit-elle à la jeune épouse, Offre tes attraits au plus vieux : — Y pensez-vous ? — Un rien t'étonne. Va, l'hospitalité l'ordonne.
— Vous y consentez ? — Je fais mieux, Je l'exige. — Mais il faut plaire, Pour être aimé ; sans le désir, Comment peut naître le plaisir ?
Je n'en ai point. — Tant pis, ma chère ; Il en aura, lui, je l'espère. S'il n'en avait pas ! sur mon front Quel injuste et cruel affront ! »
Elle obéit, non sans scrupule, Et revient un moment après. « Déjà ? dit l'époux ; tes attraits… — Votre coutume est ridicule,
Et vous en êtes pour vos frais. — L'insolent ! s'il paraît coupable, Son âge est une excuse. — Non. La fatigue… — Belle raison !
— Cependant le sommeil l'accable. — J'y mettrai bon ordre ; un bâton !» A grands coups il frappe, réveille, Chasse, poursuit le voyageur,
Et venge son étrange honneur. Puis il dit : « L'autre aussi sommeille ; Mais avant tout il voudra bien Faire son devoir et le mien.
Va. — Peux-tu… ?— Point de remontrance. J'ai cru qu'on savait vivre en France. » Tout s'apprend ; à vivre elle apprit. L'étranger poursuit son voyage ;
A sa femme docile et sage Le mari satisfait sourit, Et dit d'une voix amicale : « Écoute : la foi conjugale
A l'usage doit obéir ; Mais à présent il faut, ma chère, Expier ta nuit, et subir Une pénitence légère. »
Le houx piquant arme sa main ; Son épouse répand des larmes, Et les larmes coulaient en vain ; Aux fouets Morphel soustrait ses charmes.
Voici l'Inde ; spectacle affreux ! Que veulent ces coquins de Brames, D'un bâcher excitant les flammes, Et ce peuple abruti par eux ? «
La victime est jeune et jolie, Répète Céline attendrie : Je la plains, et l'usage a tort. On doit pleurer un mari mort,
Et sans lui, détester la vie ; Mais le suivre ! c'est par trop fort. » Vers Ceylan l'orage la pousse. La loi dans cette île est très douce,
Et deux maris y sont permis. Céline plaît à deux amis. Entre eux ils disent : « Femme entière Pour chacun de nous est trop chère ;
Partageons ; à son entretien Alors suffira notre bien. Si l'épouse est active et sage, Les seins, les comptes du ménage,
Par elle seront mieux réglés : Les garçons toujours sont volés. » Que fait Céline ? Une folie. Mais l'amour jamais en Asie
Ne se file ; point de délais ; Et voilà nos deux Chingulais Mariés par économie. La beauté partout a des droits :
Pour Céline le premier mois Fut neuf et vraiment admirable, Le second seulement passable, Le troisième assez misérable,
Le quatrième insupportable. « J'aurais dû prévoir ces dégoûts, Dit-elle ; quel sot mariage ! L'homme qui consent au partage
N'est point amant, pas même époux. Au public je parais heureuse : J'ai de beaux schals, un bel écrin, Et dans mon léger palanquin
Je sors brillante et radieuse ; Je suis maîtresse à la maison, Mais toujours seule : ma raison Sait juger les lois politiques,
Et les abus enracinés ; Dans les états bien gouvernés, Il n'est point de filles publiques, » Passons-lui cet arrêt léger,
Ne fut-ce que pour abréger. Jeune femme que l'on offense Trouve aisément à se venger ; Mais, quoique juste, la vengeance
Pour elle n'est pas sans danger. Chez leur épouse avec mystère Les deux amis entrent un soir. Que veulent-ils ? le froid devoir
A la beauté pourrait il plaire ? Au devoir ils ne pensent guère. A quoi donc ? Vous l'allez savoir : L'un d'opium tient un plein verre,
L'autre un lacet ; il faut choisir. Non, répond-elle, il faut partir. Elle part, vole, voit l'Afrique, Passe le brûlant équateur,
Et, chez un peuple pacifique, Trouve l'amour et le bonheur. Est-il de bonheur sans nuage ? Son amant l'observe de près,
Il craint ; et, fidèle à l'usage, Il s'adresse à l'aréopage, Composé de vieillards discrets. En pompe on vient prendre Céline,
Et dans le temple on la conduit. Blanche et triste y sera sa nuit : De l'inconstance féminine L'ange correcteur descendra,
Et Céline s'en souviendra. En effet, il vient ; notre belle, Tombant sous sa robuste main, Frissonne, et la verge cruelle
Va punir un crime incertain : Du pays c'est l'usage étrange. Mais, par un miracle imprévu, Un éclat soudain répandu
Remplit le temple ; voilà l'ange Qui s'échappe sans dire un mot ; Et Céline crie aussitôt : « Quoi ! c'est mon amant ? Quel outrage !
Quelle ruse ! quoique sauvage, Ma foi, ce peuple n'est point sot. " Fuyez, le danger peut renaître. On parle d'un peuple voisin ;
Chez ce peuple la loi peut-être Vous accorde un plus doux destin Il faut tout voir et tout connaître. Elle arrive, et sourit d'abord.
Point de princes, mais des princesses Dont les refus ou les caresses De leurs époux règlent le sort, L'époux n'a qu'un mince partage.
De sa femme empruntant l'éclat, Prince sans cour et sans éclat, Il plaît, c'est son seul apanage ; Amour éternel et soumis,
C'est sa dette ; de par l'usage, A l'épouse tout est permis, A l'époux rien ; veillé par elle, S'il s'avise d'être infidèle,
Le voilà déprincipisé, Battu, proscrit et méprisé. Vous soupirez, belle Céline ! Qu'avez-vous donc, Je le devine.
Il faut un trône à la beauté ; Qu'elle règne c'est son partage ; Mais ce principe clair et sage, Par les poètes adopté,
Et dans les chansons répété, N'a point encor changé l'usage ; L'usage est un vieil entêté. « Ce pays, si j'étais princesse,
Dit Céline, me plairait fort ; Mais des autres femmes le sort, Comme ailleurs m'afflige et me blesse. Que je hais la loi du plus fort ! »
Si la force, frondeuse aimable, Est parfois injuste pour vous, La loi du plus faible, entre nous, Serait-elle bien équitable ?
Sar ce point on disputera, Et jamais on ne s'entendra. Femme jolie est difficile. Morphel, toujours preste et docile,
La transporte plus loin, plus près, Je ne sais où : dans cet asile Ses vœux seront-ils satisfaits ? Un peuple immense l'environne ;
D'or et de myrte on la couronne ; Avec pompe sur un autel Un groupe amoureux la dépose ; A ses pieds qui foulent la rose
On brûle un encens solennel ; Les hymnes montent jusqu'au ciel : « Jadis dans ses plus beaux ouvrages L'homme adora le Créateur,
Mais du jour l'astre bienfaiteur Avait-il droit à tant d'hommages ? Femmes, nos vœux reconnaissans Réparent cette longue injure :
Doux chef-d'œuvre de la nature, Reçois notre éternel encens. » « Messieurs, dit-elle, quel prodige ; Chez les plus forts tant de raison,
Tant de justice ! Mais où suis-je ? De ce pays quel est le nom ? » Une voix lui répond : « Princesse, Reine, impératrice, déesse,
Régnez sur un peuple d'amans. Pour les hommes sont la tristesse, L'espoir timide, les tourmens, La folle et jalouse tendresse,
Et l'esclavage des sermens ; Pour vous toujours nouvelle ivresse, Toujours nouveaux enchantemens, Mêmes attraits, même jeunesse ;
Et les plaisirs pour votre altesse Eu jours changeront leurs momens : Elle est au pays des romans. " Tout disparaît, et c'est dommage.
Cet épisode du voyage Coûte à Céline quelques pleurs. Pour la distraire, au loin son guide La promène d'un vol rapide.
Dans un bois d'orangers en fleurs, Qu'un vent doux rafraîchit sans cesse, Elle entre, et dit : « Lieux enchanteurs ! Où sont vos heureux possesseurs ? »
Passent un Caffre et sa maîtresse. Quelle maîtresse ! Pour cheveux, L'épaisseur d'une courte laine ; Pour habit, des signes nombreux
Imprimés sur la peau d'ébène ; Le front et le nez aplatis, Des deux lèvres la boursouflure, Bouche grande et les yeux petits,
Un sein flottant sur la ceinture ; Bref, le fumet de la nature, Et ses gestes trop ingénus ; Chez les Caffres telle est Vénus.
L'orgueil est parfois raisonnable : Céline donc de sa beauté Prévoit l'effet inévitable, Et craint un viol effronté.
Touchantes, mais vaines alarmes ! A l'aspect de ces nouveaux charmes, l' Africain recule surpris, De la surprise passe aux ris,
Et dit : « O l'étrange figure ! D'où vient cette caricature ? Ils sont plaisans ces cheveux blonds, Flottant presque jusqu'aux talons.
Quelle bouche ! on la voit à peine. Jamais sein, chez l'espèce humaine, D'une orange eut-il la rondeur ? Vive une molle négligence !
Des yeux bleus ! Quelle extravagance ! Blanche et rose ! Quelle fadeur ! Va, guenon, cache ta laideur. » Céline, étouffant de colère,
S'enfuit, et ne pouvant mieux faire : « Ce pays, malgré son beau ciel, Malgré son printemps éternel, De tous est le moins habitable. »
Elle dit : l'ange secourable De ces mots devine le sens ; Il l'enlève, et tandis qu'il vole, Par quelques grains d'un doux encens
Sa bienveillance la console. Céline, moins timide alors, Regarde son guide, soupire, Et son trouble en vain semble dire
Pourquoi n'avez-vous pas un corps ? Dans les plaines de la Syrie Enfin la dépose Morphel. Partout on rencontre Israël ;
Israël la trouve jolie, La mène au marché de Damas, Et met en vente ses appas. Auriez-vous donc un prix, Céline ?
Un gros Turc arrive en fumant, De la tête aux pieds l'examine, Toujours fume, et dit froidement, « Est-elle vierge ? — Non, Française.
— Combien ?— Mille piastres. — Ah, juif ! — Grâce et gentillesse. — Fadaise. — Le regard doux et fin. — Trop vif. J'aimerais mieux une maîtresse
D'esprit et de corps plus épaisse. Mais passons sur ce dernier point ; Du repos ; un mois d'épinettes, Et de baume force boulettes,
Doubleront ce mince embonpoint. Trois cents piastres. — Par le prophète, Je suis des juifs le plus honnête, Et je veux au fond des enfers
Tomber vivant… — Point de blasphème ; Adieu.— Cinq cents ?— Trois cents, et même… — Allons, prenez-la ; mais j'y perds. » L'autre paie, à regret peut-être,
Et lentement s'éloigne ; en maître A sa porte il frappe trois coups : Aussitôt se meuvent et crient Serrures, barres et verroux.
Pauvre Céline, où tombez-vous ! Trois rivales ? elles sourient, Mais de dépit, et le courroux S'allume dans leurs yeux jaloux.
L'injure peut-être allait suivre ; Le Mustapha, sans s'émouvoir, D'un mot les rend à leur devoir : « Paix et concorde, ou je vous livre
Aux fouets du vieil eunuque noir. » En vain leur fierté mécontente Fit valoir ses droits au mouchoir ; Il fallut à la débutante
Céder le rôle et le boudoir. Point de premier acte en Turquie ; La Française y tenait un peu, Le Musulman siffle son jeu,
Et se fâche ; la comédie Devient drame, et puis tragédie. Céline donc, par dénoûment, Prend un stylet de diamant,
Le laisse échapper, le relève, S'éveille avant le coup fatal, Et s'écrie : « Ah ! c'est toi, Dorval ? Après je te dirai mon rêve. »
Malgré quelques légers dégoûts, Mesdames, demeurez en France. Le pays de la tolérance Est-il sans agrémens pour vous ?
Trop souvent un épais nuage Obscurcit le ciel des amours, Et sur l'hymen gronde l'orage ; Mais si vous donnez les beaux jours,
Convenez-en, presque toujours Les tempêtes sont votre ouvrage : Quelle imprévoyance, et parfois Quelle erreur dans vos premiers choix !
L'ennui peut paraître incommode : Le mot de mœurs est à la mode, La moralité vous poursuit ; En prose, en vers, même en musique,
Sans goût, sans cause, on vous critique, Sans fin, sans trêve, on vous instruit ; Maint vieux libertin émérite, Maint petit rimeur hypocrite,
Maint abonné dans maint journal, De vos plaisirs, de vos parures, De vos talens, de vos lectures, Se fait contrôleur général :
Eh bien ! a tout cela quel mal ? De vous ces gens n'approchent guère, Et vous ne lisez pas, j'espère, Un sot qui croit être moral.
Cessez donc, vos plaintes, Mesdames, L'infaillible Église jadis A vos corps si bien arrondis Durement refusa des âmes ;
De ce concile injurieux Subsiste encor l'arrêt suprême ; Qu'importe ? Vous charmez les yeux, Le cœur, les sens, et l'esprit même ;
Des âmes ne feraient pas mieux.
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