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1775

LE SONGE

Évariste PARNY

Corrigé par tes beaux discours, J'avais résolu d'être sage ; Et, dans un accès de courage Je congédiais les Amours

Et les chimères du bel âge. La nuit vint ; un profond sommeil Ferma mes paupières tranquilles : Tous mes songes, purs,et faciles,

Promettaient un sage réveil. Mais quand l'Aurore impatiente, Blanchissant l'ombre de la nuit, A la nature renaissante

Annonça le jour qui la suit, L'Amour vint s'offrir à ma vue. Le sourire le plus charmant Errait sur sa bouche ingénue ;

Je le reconnus aisément. Il s'approcha de mon oreille. Tu dors, me dit-il doucement ; Et tandis que ton cœur sommeille,

L'heure s'écoule incessamment. Ici-bas tout se renouvelle ; L'homme seul vieillit sans retour ; Son existence n'est qu'un jour,

Suivi d'une nuit éternelle, Mais encor trop long sans amour. » A ces mots j'ouvris la paupière. Adieu, sagesse ; adieu, projets.

Revenez, enfans de Cythère ; Je suis plus faible que jamais.

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