On m'a conté qu'autrefois dans Palerme, Ville où l'Amour eut toujours des autels, L'Amitié sut d'un nœud durable et ferme Unir entre eux quatre jeunes mortels.
Égalité de biens et de naissance, Conformité d'humeur et de penchans, Tout s'y trouvait ; l'habitude et le temps De ces liens assuraient la puissance.
L'aîné d'entre eux ne comptait pas vingt ans ; C'était Volmon, de qui l'air doux et sage Montrait un cœur naïf et sans détour, Et qui jamais des erreurs du bel âge
N'avait connu que celle de l'Amour. Loin du fracas et d'un monde frivole, Dans un réduit préparé de leurs mains, Nos jeunes gens venaient tous les matins
De l'amitié tenir la douce école Ovide un jour occupait leurs loisirs. Florval lisait d'une voix attendrie Ces vers touchans où l'amant de Julie
De l'âge d'or a chanté les plaisirs « Cet âge heureux ne serait-il qu'un songe ? Reprit Talcis, quand Florval eut fini. N'en doutez point, lui répondit Volny ;
Tant de bonheur est toujours un mensonge. » « Et pourquoi donc ? toute l'antiquité, Plus près que nous de cet âge vanté, En a transmis et pleuré la mémoire. "
« L'antiquité ment un peu, comme on saie Il faut plutôt l'admirer que la croire. Ouvre les yeux, vois l'homme ; et ce qu'il est De ce qu'il fut te donnera l'histoire. »
« L'enfant qui plut par ses jeunes attraits A soixante ans conserve-t-il ses traits ? L'homme a vieilli ; sans doute en son enfance. Il ne fut point ce qu'il est aujourd'hui.
Si l'univers a jamais pris naissance, Ces jours si beaux ont dû naître avec lui. » « Rien ne viellit… » Volmon alors se lève : « Mes chers amis, tous trois vous parlez d'or ;
Mais je prétends qu'il vaudrait mieux encor Réaliser entre nous ce beau rêve. Loin de Palerme à l'ombre dès vergers, Pour un seul jour devenons tous bergers.
Mai* gardons-nous d'oublier nos bergères. De l'innocence elles ont tous les goûts : Parons leurs mains de houlettes légères ; L'amour champêtre est, dit-on, le plus doux. »
Avec transports cette offre est écoutée ; On la répète, et chacun d'applaudir : Laure et Zulmis voudraient déjà partir Églé sourit, Naïs est enchantée ;
On fixe un jour ; et ce jour attendu Commence à peine, on part, on est rendu. Sur le penchant d'une haute montagne La main du Goût construisit un château',
D'où l'œil au loin se perd dans la campagne. De ses côtés part un double coteau. L'un est couvert d'un antique feuillage » Que la cognée a toujours respecté ;
Du voyageur il est peu fréquenté, Et n'offre aux yeux qu'une beauté sauvage. L'autre présente un tableau plus riant : L'épi jaunit ; Zéphyre, en s'égayant,
Aime à glisser sur la moisson dorée ; Et tout auprès la grappe colorée Fait succomber le rameau chancelant. Ces deux coteaux, arrondis en ovale,
Forment au loin un vallon spacieux, Dont la Nature, admirable en ces jeux, A bigarré la surface inégale. Ici s'élève un groupe d'orangers
Dont les fruits d'or pendent sur des fontaines ; Plus loin fleurit, sous l'abri des vieux chênes, Le noisetier si chéri des bergers ; A quelques pas se forme une éminence,
D'où le pasteur appelle son troupeau ; De là sou œil suit avec complaisance Tous les détours d'un paisible ruisseau : En serpentant, il baigne la prairie,
Il fuit, revient dans la plaine fleurie Où tour à tour il murmure et se tait, Se rétrécit et coule avec vitesse, Puis s'élargit et reprend sa paresse,
Pour faire encor le chemin qu'il a fait : Mais un rocher barre son onde pure ; Triste, il parait étranger dans ces lieux ; Son ombre au loin s'étend sur la verdure,
Et l'herbe croît sur son front sourcilleux. L'onde, à ses pieds, revient sur elle-même, Ouvre deux bras pour baigner ses contours, S'unit encore, et dans ces champs qu'elle aime
Va sous les fleurs recommencer son cours. Voilà l'asile où la troupe amoureuse Vient accomplir le projet de Volmon. Là n'entrent point l'Étiquette orgueilleuse,
Et les Ennuis attachés au bon ton. La Liberté doit régner au village. Un jupon court, parsemé de feuillage, A remplacé l'enflure des paniers ;
Le pied mignon sort des riches souliers Pour mieux fouler la verdure fleurie ; La robe tombe, et la jambe arrondie A l'œil charmé se découvre à moitié ;
De la toilette on renverse l'ouvrage ; Dans sa longueur le chignon déployé Flotte affranchi de son triste esclavage ; La propreté succède aux ornemens ;
Du corps étroit on a brisé la chaîne ; Le sein se gonfle et s'arrondit sans peine Dans un corset noué par les amans ; Le front, caché sous un chapeau de roses,
Ne soutient plus le poids des diamans ; La beauté gagne à ces métamorphoses ; Et nos amis, dans leur fidélité, Du changement goûtent la volupté.
Dans la vallée on descend au plus vite, Et des témoins on fuit l'œil indiscret ; La Liberté, l'Amour, et le Secret, De nos bergers forment toute la suite.
Déjà du ciel l'azur était voilé. Déjà la Nuit de son char étoilé Sur ces beaux lieux laissait tomber son ombre ; D'un pied léger on franchit le coteau,
Et ces chansons vont réveiller l'Écho Qui reposait dans la caverne sombre : « Couvre le muet univers, Parais, Nuit propice et tranquille,
Et fais tomber sur cet asile La paix qui.règne dans les airs. Ton sceptre impose à la nature Un silence majestueux ;
On n'entend plus que le murmure Du ruisseau qui coule en ces lieux. Sois désormais moins diligente, Belle avant-courière du jour ;
La Volupté douce et tremblante Fuit et se cache à ton retour. Tu viens dissiper les mensonges Qui berçaient les tristes mortels :
Et la foule des jolis songes S'enfuit devant les maux réels. Pour nous, réveillons-nous sans cesse, Et sacrifions à Vénus.
Il vient un temps, ô ma maîtresse, Où l'on ne se réveille plus. » Le long du bois quatre toits de feuillage Sont élevés sur les bords du ruisseau ;
Et le Sommeil, qui se plaît au village, N'oublia point cet asile nouveau. L'ombre s'enfuit ; l'amante de Céphale De la lumière annonçait le retour,
Et. s'appuyant sur les portes du jour, Laissait tomber le rubis et l'opale. Les habitans des paisibles hameaux Se répandaient au loin dans la campagne
La cornemuse éveillait les troupeaux ; En bondissant les folâtres agneaux Allaient blanchir le flanc de la montagne ; De mille oiseaux le ramage éclatant
De ce beau jour saluait la naissance. Volmon se lève, et Zulmis le devance : Leurs yeux charmés avec étonnement A son réveil contemplent la nature.
Ce doux spectacle était nouveau pour eux ; Et des cités habitons paresseux, Ils s'étonnaient de fouler la verdure, A l'instant même où tant d'êtres oisifs,
Pour échapper à l'ennui qui des presse Sur des carreaux dressés par la Mollesse Cherchent en vain quelques pavots tardifs. Reine un moment, déjà la jeune Aurore
Abandonnait l'horizon moins vermeil ; Volny soupire, et détourne sur Laure Des yeux chargés d'amour et de sommeil. A ses côtés la belle demi-nue
Dormait encore ; une jambe étendue Semble chercher l'aisance et la fraîcheur, Et laisse voir ces charmes dont la vue Est pour l'amant la dernière faveur.
Sur une main sa tête se repose ; L'autre s'allonge, et, pendant hors du lit, A chaque doigt fait descendre une rose Sa bouche encore et s'entr'ouvre et sourit.
Mais tout-à-coup son paisible visage S'est coloré d'un vermillon brillant. Sans doute alors un songe caressant Des voluptés lui retraçait l'image.
Volny, qui voit son sourire naissant, Parmi les fleurs qui parfument sa couche Prend une rose, et, près d'elle à genoux, Avec lenteur la passe sur sa bouche,
En y joignant le baiser le plus doux. Pour consacrer la nouvelle journée, On dut choisir un cantique à l'Amour ; Il exauça l'oraison fortunée,
Et descendit dans ce riant séjour. Voici les vers qu'on chantait tour à tour : " Divinités que je regrette, Hâtez-vous d'animer ces lieux.
Êtres charmans et fabuleux, Sans vous la nature est muette. Jeune épouse du vieux Tithon, Pleure sur la rose naissante ;
Écho, redeviens une amante ; Soleil, sois encore Apollon. Tendre Io, paissez la verdure ; Naïades, habitez ces eaux,
Et de ces modestes ruisseaux, Ennoblissez la source pure. Nymphes, courez au fond des bois, Et craignez les feux du satyre ;
Que Philomèle une autre fois A Progné conte son martyre. Renaissez, Amours ingénus ; Reviens, volage époux de Flore ;
Ressuscitez, Grâces, Vénus ; Sur des païens régnez encore. C'est aux champs que l'Amour naquit ; L'Amour se déplaît à la ville.
Un bocage fut son asile, Un gazon fut son premier lit ; El les bergers et les bergères Accoururent à son berceau ;
L'azur des cieux devint plus beau ; Les vents de leurs ailes.légères Osaient à peine raser l'eau ; Tout se taisait jusqu'à Zéphyre ;
Et, dans ce moment enchanteur, La Nature sembla sourire, Et rendre hommage à son auteur. » Zulmis alors ouvre la bergerie,
Et le troupeau qui s'échappe soudain Court deux à deux sûr l'herbe rajeunie. Volmon le suit, la houlette à la main. Un peu plus loin Florval et son amante
Gardent aussi les dociles moutons. Ils souriaient quand leur bouche ignorante Sur le pipeau cherchait en vain des son*. Dans un verger planté par la Nature,
Où tous les fruits mûrissent sans culture, La jeune Églé porte déjà ses pas. Quand les rameaux s'éloignent de ses bras, L'heureux Talcis l'enlève avec mollesse :
Il la soutient, et ses doigts délicats Vont dégarnir la branche qu'elle abaisse. A d'autres soins Volny s'est arrêté. Entre ses mains le lait coule et ruisselle ;
Et près de lui son amante fidèle. Durcit ce lait en fromage apprêté. Aimables soins ! travaux doux et faciles ! Vous occupez en donnant le repos ;
Biens différens du tumulte des villes, Où les plaisirs deviennent des travaux. Le dieu du jour, poursuivant sa carrière, Règne en tyran sur l'univers soumis.
Son char de feu brûle autant qu'il éclaire, Et ses rayons, en faisceaux réunis, D'un pôle à l'autre embrasent l'hémisphère. Heureux alors, heureux le voyageur
Qui sur sa route aperçoit un bocage Où le Zéphyr, soupirant la fraîcheur, Fait tressaillir le mobile feuillage ! Un bassin pur s'étendait sous l'ombrage ;
Je vois tomber les jaloux vêtemens, Qui, dénoués par la main des amans, Restent épars sur l'herbe du rivage. Un voile seul s'étend sur les appas :
Mais il les couvre et ne les cache pas. Des vêtemens tel fut jadis l'usage. Laure et Talcis, en dépit des chaleurs, A la prairie ont dérobé ses fleurs,
Et du bassin ils couvrent la surface. L'onde gémit ; tous les bras dépouillés Glissent déjà sur les flots émaillés, Et le nageur laisse après lui sa trace.
En vain mes vers voudraient peindre leurs jeux. Bientôt du corps la toile obéissante Suit la rondeur et les contours moelleux L'amant sourit et dévore des yeux
De mille attraits la forme séduisante, Lorsque Zulmis s'élança hors du bain, L'heureux Volmon l'essuya de sa main. Qu'avec douceur cette main téméraire
Se promenait sur la jeune bergère, Qui la laissa recommencer trois fois ! Qu'avec transport il pressait sous ses doigts Et la rondeur d'une cuisse d'ivoire,
Et ce beau sein dont le bouton naissant Cherche à percer le voile transparent ! Ce doux travail fut long, comme on peut croire ; Mais il finit : bientôt de toutes parts
La Modestie élève des remparts Entre l'amante et l'amant qui soupire. Volmon les voit, et je l'entends maudire Cet art heureux de cacher la laideur,
Qu'on décora du beau nom de pudeur. Volny s'avance, et prenant la parole : " Par la chaleur retenus dans ces lieux, Trompons du moins le temps par quelques jeux,
Par des récits, par un conte frivole. On sait qu'Hercule aima le jeune Hylas Dans ses travaux, dans ses courses pénibles, Ce bel enfant suivait toujours ses pas ;
Il le prenait dans ses mains invincibles ; Ses yeux alors se montraient moins terribles ; Le fer cruel ne couvrait plus son bras ; Et l'univers, et Vénus, et la gloire,
Étaient déjà bien loin de sa mémoire. Tous deux un jour arrivent dans un bois Où la chaleur ne pouvait s'introduire, En attendant le retour de Zéphyre,
Le voyageur y dormait quelquefois. Notre héros sur l'herbe fleurissante Laisse tomber son armure pesante, Et puis s'allonge et respire le frais,
Tandis qu'Hylas, d'une main diligente, D'un dîner simple ayant fait les apprêts, Dans le vallon qui s'étendait auprès S'en va puiser une eau rafraîchissante.
Il voit de loin un bosquet d'orangers, Et d'une source il entend le murmure ; Il court, il vole où cette source pure Dans un bassin conduit ses flots légers.
De ce bassin les jeunes souveraines Quittaient alors leurs grottes souterraines ; Sur le cristal leurs membres déployés S'entrelaçaient et jouaient avec grâce ;
Ils fendaient l'onde, et leurs jeux variés, Sans la troubler agitaient sa surface. Hylas arrive, une cruche à la main, Ne songeant guère aux Nymphes qui l'admirent ;
Il s'agenouille, il la plonge, et soudain Au fond des eaux les Naïades l'attirent. Sous un beau ciel, lorsque la nuit parait, Avez-vous vu l'étoile étincelante.
Se détacher de sa voûte brillante, Et dans les flots s'élancer comme un trait ? Dans un verger, sur la fin de l'automne, Avez-vous vu le fruit, dès qu'il mûrit,
Quitter la branche où long-temps il pendit, Pour se plonger dans l'onde qui bouillonne ? Soudain il part, et l'œil en vain le suit. Tel disparaît le favori d'Alcide.
Entre leurs bras les Nymphes l'ont reçu ; Et, l'échauffant sur leur sein demi-nu, L'ont fait entrer dans le palais humide. Bientôt Hercule, inquiet et troublé,
Accuse Hylas dans son impatience, Il craint, il tremble, et son cœur désolé Connaît alors le chagrin de l'absence. Il se relève, il appelle trois fois,
Et par trois fois, comme un souffle insensible, Du sein des flots sort une faible voix. Il rentre et court dans la forêt paisible, Il cherche Hylas ; ô tourment du désir !
Le jour déjà commençait à s'enfuir ; Son âme alors s'ouvre toute à la rage ; La terre au loin retentit sous ses pas ; Des pleurs brûlans sillonnent son visage ;
Terrible, il crie : Hylas ! Hylas ! Hylas ! Du fond des bois Écho répond : Hylas ! Et cependant les folâtres déesses Sur leurs genoux tenaient l'aimable enfant,
Lui prodiguaient les plus douces caresses, Et rassuraient son cœur toujours tremblant. » Volny se tut ; les naïves bergères Écoutaient bien, mais ne comprenaient guères.
L'antiquité, si charmante d'ailleurs, Dans ses plaisirs n'était pas scrupuleuse. De ses amours la peinture odieuse Dépare un peu ses écrits enchanteurs.
Lorsque, ennuyé des baisers de sa belle, Anacréon, dans son égarement, Porte à Bathyle un encens fait pour elle, Sa voix afflige et n'a rien de touchant.
Combien de fois, vif et léger Catulle, En vous lisant je rougissais pour vous ! Combien de fois, voluptueux Tibulle ; J'ai repoussé dans mes justes dégoûts
Ces vers heureux qui devenaient moins doux ! Et vous encore, ô modeste Virgile ! Votre âme simple, et naïve, et tranquille, A donc connu là fureur de ces goûts ?
Pour Cupidon quand vous quittez les Grâces, Cessez vos chants et rougissez du moins On suit encor vos leçons efficaces ; Mais, pour les suivre, on prend de justes soins,
Et l'on se cache en marchant sur vos traces. Vous m'entendez, prêtresses de Lesbos, Vous, de Sapho disciples renaissantes ? Ah ! croyez-moi, retournez à Paphos,
Et choisissez des erreurs plus touchantes. De votre cœur écoulez mieux la voix ; Ne cherchez point des voluptés nouvelles. Malgré vos vœux la Nature a ses lois,
Et c'est pour nous que sa main vous fit belles. Mais revenons à nos premiers plaisirs, Tournons les yeux sur la troupe amoureuse Qui dans un bois, refuge des Zéphirs,
Et qu'arrosait une onde paresseuse, Vient d'apprêter le. rustique repas. La propreté veillait sur tous les plats. La jeune Flore, avec ses doigts de rose,
Avait de fleur tapissé le gazon. Le dieu du vin dans le ruisseau dépose Ce doux nectar qui trouble la raison. A son aspect l'appétit se réveille ;
Le fruit parait ; de feuilles couronné, En pyramide il remplit la corbeille ; Et dans l'osier le lait emprisonné Blanchit auprès de la pêche vermeille.
De ce repas on bannit avec soin Les froids bons mots toujours prévus de loin, Les longs détails de l'intrigue nouvelle, Les calembours si goûtés dans Paris,
Des complimens la routine éternelle, Et les fadeurs et les demi-souris. La Liberté n'y voulut introduire Que les plaisirs en usage à Paphos ;
Le Sentiment dictait tous les propos, Et l'on riait sans projeter de rire. On termina le festin par des chants. La voix d'Églé, molle et voluptueuse,
Fit retentir ses timides accens ; El les soupirs de la flûte amoureuse, Mêlés aux siens, paraissaient plus touchans. L'eau qui fuyait, pour la voir et l'entendre,
Comme autrefois n'arrêta point son cours ; Le chêne altier n'en devint pas plus tendre, Et les rochers n'en étaient pas moins sourds ; Rien ne changea : mais l'oreille attentive
Jusques au cœur transmettait tous ses sons ; En les peignant, sa voix douce et naïve Faisait germer les tendres passions. L'heureux Volny, placé vis-à-vis d'elle,
Volny, charmé de sa grâce nouvelle, Et de ses chants fidèle admirateur, Applaudissait avec trop de chaleur. Églé se tait, Volny l'écoute encore,
Et tient fixés ses regards attendris Sur celte bouche où voltigent les Ris, Et d'où sortait une voix si sonore. Laure voit tout ; que ne voit point l'Amour !
De cet oubli son âme est offensée ; Et pour venger sa Vanité blessée, Elle prétend l'imiter à son tour. Au seul Talcis elle affecte de prendre
Un intérêt qu'elle ne prenait pas ; Sa voix pour lui voulait devenir tendre ; Ses yeux distraits voulaient suivre ses pas ; Et Quand Volny revint à sa maîtresse,
Un froid accueil affligea sa tendresse. Il nomme Laure, elle ne l'entend plus ; Il veut parler, on lui répond à peine. C'en est assez ; mille soupçons confus
Ont pénétré dans son âme incertaine. - Amans, amans, voilà votre portrait ! Un sort malin vous promène sans cesse Des pleurs aux ris, des ris à la tristesse ;
Un rien vous choque, un rien vous satisfait ; Un rien détruit ce qu'un rien a fait naître ! Tous vos plaisirs sont voisins d'un tourment, Et vos tourmens sont des plaisirs peut-être.
Ah ! l'on dit vrai, l'Amour n'est qu'un enfant. Volny rêvait, à sa douleur en proie ; Et ses amis, égayés par le vin, Remarquaient peu son trouble et son chagrin.
Pour modérer les excès de leur joie, Zulmis s'assied, et leur fait ce récit, Amour dictait, Amour me l'a redit. « Dans ces. beaux lieux où paisible et fidèle
L'heureux Ladon coule parmi les fleurs, Du dieu dé Gnide une jeune immortelle Fuyait, dit-on, les trompeuses douceurs ; C'était Syrinx. Pan soupira près d'elle,
Et pour ses soins n'obtint que des rigueurs. Au bord du fleuve, un jour que l'inhumaine Se promenait au milieu de ses sœurs, Pan l'aperçoit, et vole dans la plaine,
Bien résolu d'arracher ses faveurs Que l'Amour donne et ne veut pas qu'on prenne. A cet aspect, tremblant pour ses appas, La nymphe fuit, et ses pieds délicats
Sans la blesser glissent sur la verdure. Déjà la fleur qui formait sa parure Tombe du front qu'elle crut embellir ; Et, balancés sur l'aile du Zéphyr,
Ses longs cheveux flottent à l'aventure. Tremblez, Syrinx : vos charmes demi-nus Vont se faner sous une main profane, Et vous allez des autels de Diane
Passer enfin aux autels de Vénus. Dieu de ces bords, sauve-moi d'un outrage ! Elle avait dit ; sur l'humide rivage Son pied léger s'arrête et ne fuit plus ;
Au fond des eaux l'un et l'autre se plongent ; Sa voix expire ; et dans l'air étendus Déjà ses bras en feuilles se prolongent ; Son sein caché sous un voile nouveau
Palpite encore en changeant de nature ; Ses cheveux noirs se couvrent de verdure ; Et sur son corps qui s'effile en roseau Les nœuds pareils, arrondis en anneau,
Des membres nus laissent voir la jointure. Le dieu, saisi d'une soudaine horreur, S'est arrêté ; sous la feuille tremblante Ses yeux séduits et trompés par son cœur
Cherchent encor sa fugitive amante. Mais tout-à-coup le Zéphyre empressé Vient se poser sur la tige naissante,' Et par ses jeux le roseau balancé.
Forme dans l'air une plainte mourante. Ah ! dit le dieu, ce soupir est pour moi ; Trop tard, hélas ! son cœur, devient sensible. Nymphe chérie et toujours inflexible
J'aurai du moins ce qui reste de toi. Parlant ainsi, du roseau qu'il embrasse Ses doigts tremblans détachent les tuyaux ; Il les polit, et la cire tenace
Unit entre eux les dîfférens morceaux. Bientôt sept trous de largeur inégale Des tons divers ont fixé l'intervalle. Sa bouche alors s'y colle avec ardeur.
Des sons nouveaux l'heureuse mélodie, De ses soupirs imitant la douceur, Retentissait dans son âme attendrie. Reste adoré de ce que j'aimais tant,
S'écria-t-il, résonne dans ces plaines ; Soir et matin tu rediras mes peines, Et des amours tu seras l'instrument. » « Je le vois trop, reprit la jeune Laure,
On ne saurait commander aux Amour . Apollon même et tous ses beaux discours Ne touchent point la Nymphe qu'il adore. Non, dit Florval, et sur le Pinde encore
Ses nourrissons, de lauriers couronnés ; Trouvent souvent de nouvelles Daphnés. La Vanité sourit à leur hommage ; On leur prodigue un éloge flatteur ;
Mais rarement de l'amour de l'ouvrage La beauté passe à l'amour de l'auteur. Lorsque Sapho prenait sa lyre, Et lui confiait ses douleurs,
Tous les yeux répandaient des pleurs, Tous les cœurs sentaient son martyre. Mais ses chants aimés d'Apollon, Ses chants heureux, pleins de sa flamme
Et du désordre de son âme, Ne pouvaient attendrir Phaon. Gallus, dont la muse touchante Peignait si bien la volupté,
Gallus n'en fut pas moins quitté ; Et sa Lycoris inconstante Suivit, en dépit des hivers, Un soldat robuste et sauvage
Qui faisait de moins jolis vers, Et n'en plaisait que mieux, je gage. Pétrarque ( à ce mot un soupir Échappe à tous les cœurs sensibles ),
Pétrarque, dont les chants flexibles Inspiraient partout le plaisir, N'inspira jamais rien à Laure ; Elle fut sourde à ses accens ;
Et Vaucluse répète encore Sa plainte et ses gémissemens. Waller soupira pour sa belle Les sons les plus mélodieux ;
Il parlait la langue des dieux, El Sacliarissa fut cruelle. Ainsi ces peintres enchanteurs Qui des Amours tiennent l'école
De l'Amour qui fut leur idole N'éprouvèrent que les rigueurs. Mais leur voix touchante et sonore S'est fait entendre à l'univers ;
Les Grâces ont appris leurs vers, Et Paphos les redit encore. Leurs peines, leurs chagrins d'un jour Laissent une longue mémoire ;
Et leur muse, en cherchant l'Amour, A du moins rencontré la Gloire. » Florval ainsi critique les erreurs Dont il ne peut garantir sa jeunesse :
Car trop souvent aux rives du Permesse Pour le laurier il néglige les fleurs. De ces récits l'enchaînement paisible Du triste amant redoublait le chagrin ;
Il observait un silence pénible. De sa maîtresse il se rapproche enfin : « Rassurez-vous je vais par mon absence Favoriser vos innocens projets.
— Il n'est plus temps d'éviter ma présence ; J'ai pénétré vos sentimens secrets. — Un autre plaît, et Laure est infidèle. — A vos regards une autre est la plus belle.
— En lui parlant vous avez soupiré. — Vous l'écoutiez, et vous n'écoutiez qu'elle. — Aimez en paix ce rival adoré. — Soyez heureux dans votre amour nouvelle.
— Oubliez-moi. — Je vous imiterai.» Volny s'éloigne, et pour cacher ses larmes Du bois voisin il cherche l'épaisseur. Laure en gémit ; les plus vives alarmes
Vont la punir d'un moment de rigueur. La Vanité se trouvant satisfaite, Bientôt l'amour parle en maître à son cœur : Elle maudit sa colère indiscrète,
S'accuse seule, et cache de sa main Les pleurs naissans qui mouillent son beau sein. Le regard morne et fixé sur la terre, Volny déjà, seul avec son ennui,
Était entré dans la même chaumière Que sa maîtresse habitait avec lui. Faible, il s'assied sur ce lit de feuillage Si bien connu par un plus doux usage.
Là tout-à-coup, au milieu des sanglots, Son cœur trop plein s'ouvre, et laisse un passage A la douleur qui s'exhale en ces mots : « Ah ! je lirais d'un œil sec et tranquille
De mon trépas l'arrêt inattendu ; Mais je succombe à ce coup imprévu, Et sous son poids je demeure immobile. Oui, pour jamais je renonce aux Amours,
A l'Amitié cent fois plus criminelle, Et dans un bois cachant mes tristes jours, Je haïrai ; la haine est moins cruelle. " Tousses amis entrent dans ce moment.
Le cœur rempli de crainte et d'espérance, Laure suivait ; elle voit son amant, Et dans ses bras soudain elle s'élance. L'ingrat Volny, pressé de toutes parts,
Ne voulut point se retourner vers Laure ; Il savait trop qu'un seul de ses regards Eût obtenu ce pardon qu'elle implore. « Ah ! dans tes yeux mets au moins tes refus. —
Je suis trahi, non, vous ne m'aimez plus. " Sa main alors repousse cette amante Qui d'un seul mot attendait son bonheur ; Mais aussitôt condamnant sa rigueur,
Il se retourne et la voit expirante. A cet aspect quelle fut sa douleur ! Il la saisit, dans ses bras il la presse, Étend ses doigts pour réchauffer son cœur,
Lui parle en vain, la nomme sa maîtresse, Et de baisers la couvre avec ardeur. De ces baisers l'amoureuse chaleur Rappelle enfin la bergère à la vie ;
Elle renaît, et se voit dans ses bras. Quel doux moment ! son âme trop ravie Retourne encore aux portes du trépas ; Mais son ami par de vives caresses
Lui rend encor l'usage de ses sens. Qui peut compter leurs nouvelles promesses, Leurs doux regrets, leurs transports renaissans ? Chaque témoin en devint plus fidèle.
Églé surtout regardait son amant, Et soupirait après une querelle, Pour le plaisir du raccommodement. La troupe sort, et chacun dans la plaine
S'en va tresser des guirlandes de. fleurs. Avec plus d'art mariant les couleurs, Déjà Talcis avait fini fa sienne ; Quand sa maîtresse, épiant le moment,
D'entre ses doigts l'arrache adroitement. La jette au loin, sourit, et prend la fuite ; Puis en arrière elle tourne des yeux Qui lui disaient : Viens donc à ma poursuite.
Il la comprit, et n'en courait que mieux. Mais un faux pas fit tomber la bergère, Et du zéphyr le souffle téméraire Vint dévoiler ce qu'on voile si bien.
On vit, Églé !… mais non, l'on ne vit rien ; Car ton amant, réparant toutes choses, Jeta sur toi des fleurs à pleines mains, Et dans l'instant tous ces charmes divins
Furent cachés sous un monceau de roses. De ses deux bras le berger qui sourit Entoure Églé pour mieux cacher sa honte ; Et ce taux pas rappelle à son esprit
Ce récit court, et qui n'est point un conte. « Symbole heureux de la candeur, Jadis plus modeste et moins belle, Du lis qui naissait auprès d'elle
La rose eut, dit-on, la blancheur. Elle était alors sans épine, C'est un fait. Écoutez comment Lui vint la couleur purpurine :
J'aurai conté dans un moment. Dans ce siècle de l'innocence Où les dieux un peu. plus humains, Regardaient avec complaisance
L'univers sortant de leurs mains, Où l'homme sans aucune étude. Savait tout ce qu'il faut savoir, Où l'amour était un devoir,
Et le plaisir une habitude, Au temps où Saturne régna, Une belle au matin de l'âge, Une seule, notez cela,
Fut cruelle malgré l'usage. L'histoire ne dit pas pourquoi ; Mais elle avait rêvé, je gage, Et crut après de bonne foi,
Qu'être vierge c'est être sage. Je ne veux point vous raconter Par quel art l'enfant de Cythère Conduisit la simple bergère
A ce pas si doux à sauter : Dans une aventure amoureuse. Pour le conteur et pour l'amant Toute préface est ennuyeuse,
Venons bien vite au dénoûment. Elle y vint donc, et la verdure Reçut ses charmes faits au tour Qu'avait arrondis la Nature
Exprès pour les doigts de l'Amour. Alors une bouche brûlante Effleure et rebaise à loisir Ces appas voués au plaisir,
Mais qu'une volupté naissante N'avait jamais fait tressaillir. La pudeur voit, et prend la fuite ; Le berger fait ce qu'il lui plaît ;
La bergère tout interdite. Ne conçoit rien à ce qu'il fait : Il saisit sa timide proie ; Elle redoute son bonheur,
Et commence un cri de douleur Qui se termine en cris de joie. Cependant du gazon naissant Que foulait le couple folâtre,
Une rose était l'ornement : Une goutte du plus beau sang Rougit tout-à-coup son albâtre. Dans un coin le fripon d'Amour
S'applaudissait de sa victoire, Et voulant de cet heureux jour Laisser parmi nous la mémoire : « Conserve à jamais ta couleur,
Dit-il à la rose nouvelle ; De tes sœurs deviens la plus belle ; D'Hébé sois désormais la fleur ; Ne crois qu'au mois où la nature
Renaît au souffle du printemps, Et d'une beauté de quinze ans Sois le symbole et la peinture. Ne te laisse donc plus cueillir
Sans faire éprouver ton épine ; Et qu'en te voyant on devine Qu'il faut acheter le plaisir. ». Ce récit n'est point mon ouvrage,
Et mes yeux l'ont lu dans Paphos A mon dernier pèlerinage. En apostille étaient ces mots : Tendres amans, si d'aventure.
Vous trouvez un bouton naissant, Cueillez ; le bouton en s'ouvrant Vous guérira de la piqûre. » Florval alors s'assied contre un ormeau.
Sur ses genoux ses deux mains rapprochées Tiennent d'Églé les paupières cachées, Et de son front portent le doux fardeau. Tous à la fois entourent la bergère
Qui leur présente une main faite au tour, Et les invite à frapper tour-à-tour. Naïs approche et frappe la première. Pour mieux tromper, elle écarte les doigts,
Et sur le coup fortement elle appuie. La main d'albâtre en fut un peu rougie. Églé se tourne, examine trois fois, Et sur Volmon laisse tomber son choix.
— Ce n'est pas lui ; replacez-vous encore. Elle obéit, et soudain son amant Avec deux doigts la touche obliquement. — Oh ! pour le coup, j'ai bien reconnu Laure.
— Vous vous trompez, lui dit-on sur-le-champ, Et l'on sourit de sa plainte naïve. Déjà Zulmis lève une main furtive ; Mais le joueur, moins juste que galant,
Ouvre ses doigts', et permet à la belle De l'entrevoir du coin de la prunelle. Cette fois donc Églé devine enfin. L'autre à son tour prend la place, et soudain
Sur ses beaux doigts qui viennent de s'étendre Est déposé le baiser le plus tendre. Oh ! c'est Volmon, je le reconnais là. Volmon se tut, mais son souris parla.
Sur le gazon la troupe dispersée Goûtait le frais qui tombait des rameaux. Volmon rêvait à des plaisirs nouveaux, Et ce discours dévoila sa pensée :
« L'histoire dit qu'à la cour de Cypris On célébrait une fête annuelle, Où du baiser l'on disputait le prix. On choisissait des belles la plus belle,
Jeune toujours, et n'ayant point d'amant. Devant l'autel sa main prêtait serment ; Puis sous un dais de myrte et de feuillage Des combattans elle animait l'ardeur,
Et dans ses doigts elle tenait la fleur Qui du succès devait être le gage. Tous les rivaux inquiets et jaloux, Formant des vœux, arrivaient à la file ;
Devant leur juge ils ployaient les genoux ; Et chacun d'eux sur sa bouche docile De ses baisers imprimait le plus doux. Heureux celui dont la lèvre brûlante
Plus mollement avait su se poser ! Heureux celui dont le simple baiser Du tendre juge avait fait une amante ! Soudain sur lui les regards se fixaient,
Et tous peignaient le désir et l'envie ; A ses côtés les fleurs tombaient en pluie ; Les cris joyeux qui dans l'air s'élançaient Le faisaient roi de l'amoureux empire ;
Son nom chéri, mille fois répété, De bouche en bouche était bientôt porté, Et chaque belle aimait à le redire. Le lendemain, les filles à leur tour
Recommençaient le combat de la veille. Que de baisers prodigués en ce jour ! L'heureux vainqueur sur sa bouche vermeille De ses baisers comparait la douceur ;
Plusieurs d'entre eux surpassaient son attente ; Ses yeux remplis d'une flamme mourante Laissaient alors deviner son bonheur ; Ses sens noyés dans une longue ivresse
Sous le plaisir languissaient abattus : Aussi le soir sa bouche avec mollesse S'ouvrait encore, et ne se fermait plus. Renouvelons la fête de Cythère ;
De nos baisers essayons le pouvoir ; Dans l'art heureux de jouir et de plaire On a toujours quelque chose à savoir. » « Non, dit Églé, ce galant badinage
Ne convient plus dès qu'on a fait un choix ; Le tendre Amour ne veut point de partage ; Et tout ou rien est une de ses lois. " Zéphyre alors commençant à renaître,
Vient modérer les feux brûlans du jour ; Chacun retourne à son travail champêtre ; Disons plutôt à celui de l'amour. Bois favorable, et qui jamais peut-être
N'avais prêté ton ombre à des heureux, Tu fus alors consacré par leurs jeux. Couché sur l'herbe entre les bras de Laure, Volny mourait et renaissait encore ;
Et sous ses doigts la pointe du couteau Grava ces vers sur le plus bel ormeau : « Vous, qui venez dans ce bocage, A mes rameaux qui vont fleurir
Gardez-vous bien de faire outrage, Respectez mon jeune feuillage ; Il a protégé le plaisir. » Un lit de fleurs s'étendait sous l'ombrage ;
Ce peu de mots en expliquait l'usage : « Confident de mon ardeur, Bosquet, temple du bonheur, Sois toujours tranquille et sombre :
Et puisse souvent ton ombre Cacher aux yeux des jaloux Une maîtresse aussi belle, Un amant aussi fidèle,
Et des plaisirs aussi doux ! » De ses rayons précipitant le reste, Phébus touchait aux bornes de son cours, Et s'en allait dans le sein des Amours
Se consoler de la grandeur céleste ; Son disque d'or qui rougit l'horizon Ne se voit plus qu'à travers le feuillage ; Et du coteau s'éloignant davantage,
L'ombre s'allonge et court dans le vallon. Enfin la troupe au château retournée De la cité prend le chemin poudreux ; Mais tous les ans elle vient dans ces lieux
Renouveler la champêtre journée. C'était ainsi que ma muse autrefois, Fuyant la ville et cherchant la nature, De l'âge d'or retraçait la peinture,
Et s'égarait sous l'ombrage des bois. Pour y chanter, je reprenais encore Ce luth facile, oublié de nos jours, Et qui jadis dans la main des Amours
Fit résonner le nom d'Éléonore. Mon cœur naïf, mon cœur simple et trompé, N'ayant alors que les goûts de l'enfance, A tous les cœurs prêtait son innocence.
Ce rêve heureux s'est bientôt dissipé. D'un doigt léger pour moi la Parque file Depuis vingt ans de cinq autres suivis ; La Raison vient, j'entrevois les Ennuis
Qui sur ses pas arrivent à la file. Mes plus beaux jours sont donc évanouis ! Illusions, qui trompez la jeunesse, Amours naïfs, transports, première ivresse,
Ah ! revenez. Mais hélas ! je vous perds ; Et sur le luth mes mains appesanties Veulent enfin former de, nouveaux airs. Il n'est qu'un temps pour les douces folies ;
Il n'est qu'un temps pour les aimables vers.
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