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1775

ÉPÎTRE

Évariste PARNY

Parlez donc, messieurs de Boston ? Se peut-il qu'au siècle où nous sommes, Du monde troublant l'unisson, Vous vous donniez des airs d'être hommes ?

On prétend que plus d'une fois Vous avez refusé de lire Les billets doux que Georges trois Eut la bonté de vous écrire,

On voit bien, mes pauvres amis, Que vous n'avez jamais appris La politesse européenne, Et que jamais l'air de Paris

Ne fit couler dans vos esprits Cette tolérance chrétienne Dont vous ignorez tout le prix. Pour moi, je vous vois avec peine

Afficher, malgré les plaisans, Cette brutalité romaine Qui vous vieillit de deux mille ans. Raisonnons un peu, je vous prie.

Quel droit avez-vous plus que nous A cette liberté chérie Dont vous paraissez si jaloux ? L'inexorable tyrannie

Parcourt le docile univers ; Ce monstre, sous des noms divers, Écrase l'Europe asservie ; Et vous, peuple injuste et mutin,

Sans pape, sans rois et sans reines, Vous danseriez au bruit des chaînes Qui pèsent sur le genre humain ! Et vous, d'un si bel équilibre

Dérangeant le plan régulier, Vous auriez le front d'être libre A la barbe du monde entier ! L'Europe demande vengeance ;

Armez-vous, héros d'Albion. Rome ressucite à Boston ; Étouffez-la dès son enfance. De la naissante liberté

Brisez le berceau redouté ; Qu'elle expire, et que son nom même,' Presque ignoré chez nos neveux, Ne soit plus qu'un vain mot pour eux,

Et son existence un problème.

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