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ÉLÉGIE XIV

Évariste PARNY

Cesse de m'affliger, importune Amitié. C'est en vain que tu me rappelles Dans ce monde frivole où je suis oublié : Ma raison se refuse à des erreurs nouvelles.

Oses-tu me parler d'amour et de plaisirs ? Ai-je encor des projets, ai-je encor des désirs ? Ne me console point : ma tristesse m'est chère ; Laisse gémir en paix ma douleur solitaire.

Hélas ! cette injuste douleur De tes soins en secret murmure ; Elle aigrit même la douceur De ce baume consolateur

Que tu verses sur ma blessure. Du tronc qui nourrit sa vigueur La branche une fois détachée Ne reprend jamais sa fraîcheur ;

Et l'on arrose en vain la fleur, Quand la racine est desséchée. De mes jours le fil est usé ; Le chagrin dévorant a flétri ma jeunesse ;

Je suis mort au plaisir, et mort à la tendresse. Hélas ! j'ai trop aimé ; dans mon cœur épuisé Le sentiment ne peut renaître. Non, non ; vous avez fui, pour ne plus reparaître,

Première illusion de mes premiers beaux jours, Céleste enchantement des premières amours ! O fraîcheur du plaisir ! ô volupté suprême ! Je vous connus jadis, et dans ma douce erreur,

J'osai croire que le bonheur Durait autant que l'amour même. Mais le bonheur fut court, et l'amour me trompait. L'amour n'est plus, l'amour est éteint pour la vie ;

Il laisse un vide affreux dans mon âme affaiblie ; Et la place qu'il occupait Ne peut être jamais remplie.

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