Cesse de m'affliger, importune Amitié.
C'est en vain que tu me rappelles
Dans ce monde frivole où je suis oublié :
Ma raison se refuse à des erreurs nouvelles.
Oses-tu me parler d'amour et de plaisirs ?
Ai-je encor des projets, ai-je encor des désirs ?
Ne me console point : ma tristesse m'est chère ;
Laisse gémir en paix ma douleur solitaire.
Hélas ! cette injuste douleur
De tes soins en secret murmure ;
Elle aigrit même la douceur
De ce baume consolateur
Que tu verses sur ma blessure.
Du tronc qui nourrit sa vigueur
La branche une fois détachée
Ne reprend jamais sa fraîcheur ;
Et l'on arrose en vain la fleur,
Quand la racine est desséchée.
De mes jours le fil est usé ;
Le chagrin dévorant a flétri ma jeunesse ;
Je suis mort au plaisir, et mort à la tendresse.
Hélas ! j'ai trop aimé ; dans mon cœur épuisé
Le sentiment ne peut renaître.
Non, non ; vous avez fui, pour ne plus reparaître,
Première illusion de mes premiers beaux jours,
Céleste enchantement des premières amours !
O fraîcheur du plaisir ! ô volupté suprême !
Je vous connus jadis, et dans ma douce erreur,
J'osai croire que le bonheur
Durait autant que l'amour même.
Mais le bonheur fut court, et l'amour me trompait.
L'amour n'est plus, l'amour est éteint pour la vie ;
Il laisse un vide affreux dans mon âme affaiblie ;
Et la place qu'il occupait
Ne peut être jamais remplie.