Il est temps, mon Éléonore,
De mettre un terme à nos erreurs ;
Il est temps d'arrêter les pleurs
Que l'amour nous dérobe encore.
Il disparaît l'âge si doux,
L'âge brillant de la folie ;
Lorsque tout change autour de nous,
Changeons, ô mon unique amie !
D'un bonheur qui fuit sans retour
Cessons de rappeler l'image ;
Et des pertes du tendre Amour
Que l'Amitié nous dédommage.
Je quitte enfin ces tristes lieux
Où me ramena l'espérance,
Et l'Océan entre nous deux
Va mettre un intervalle immense.
Il faut même qu'à mes adieux
Succède une éternelle absence ;
Le devoir m'en fait une loi.
Sur mon destin sois plus tranquille ;
Mon nom passera jusqu'à toi :
Quel que soit mon nouvel asile,
Le tien parviendra jusqu'à moi.
Trop heureux, si tu vis heureuse,
A cette absence douloureuse
Mon cœur pourra s'accoutumer.
Mais ton image va me suivre ;
Et si je cesse de t'aimer,
Crois que j'aurai cessé de vivre.