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ÉLÉGIE X

Évariste PARNY

Par cet air de sérénité, Par cet enjoûment affecté, D'autres seront trompés peut-être ; Mais mon cœur vous devine mieux,

Et vous n'abusez point des yeux Accoutumés à vous connaître. L'esprit vole à votre secours, Et malgré vos soins, son adresse

Ne peut égayer vos discours ; Vous souriez, mais c'est toujours Le sourire de la tristesse. Vous cachez en vain vos douleurs ;

Vos soupirs se font un passage ; Les roses de votre visage Ont perdu leurs vives couleurs ; Déjà vous négligez vos charmes ;

Ma voix fait naître vos alarmes ; Vous abrégez nos entretiens ; Et vos yeux noyés dans les larmes Évitent constamment les miens.

Ainsi donc mes peines cruelles Vont s'augmenter do vos chagrins ! Malgré les dieux et les humains, Je le vois, nos cœurs sont fidèles.

Objet du plus parfait amour, Unique charme de ma vie, O maîtresse toujours chérie, Faut-il te perdre sans retour !

Ah ! faut-il que ton inconstance Ne le donne que des tourmens ! Si du plus tendre des amans La prière a quelque puissance,

Trahis mieux tes premiers sermens ; Que ton cœur me plaigne et m'oublie. Permets à de nouveaux plaisirs D'effacer les vains souvenirs

Qui causent ta mélancolie. J'ai bien assez de mes malheurs. J'ai pu supporter tes rigueurs, Ton inconstance, tes froideurs,

Et tout le poids de ma tristesse ; Mais je succombe, et ma tendresse Ne peut soutenir tes douleurs.

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