Toi qu'importune ma présence, A tes nouveaux plaisirs je laisse un libre cours ; Je ne troublerai plus tes nouvelles amours ; Je remets à ton cœur le soin de ma vengeance.
Ne crois pas m'oublier ; tout t'accuse en ces lieux : Ils savent tes sermens, ils sont pleins de mes feux Ils sont pleins de ton inconstance. Là, je te vis pour mon malheur :
Belle de ta seule candeur, Tu semblais une fleur nouvelle, Qui, loin du zéphyr corrupteur, Sous l'ombrage qui la recèle
S'épanouit avec lenteur. C'est ici qu'un sourire approuva ma tendresse : Plus loin, quand le trépas menaçait ta jeunesse, Je promis à l'Amour de te suivre au tombeau.
Ta pudeur en ce lieu se montra moins farouche, Et le premier baiser fut donné par ta bouche ; Des jours de mon bonheur ce jour fut le plus beau Ici, je bravai la colère
D'un père indigné contre moi ; Renonçant à tout sur la terre, Je jurai de n'être qu'à toi. Dans cette alcôve obscure… ô touchantes alarmes !
O transport ! ô langueur qui fait couler des larmes Oubli de l'univers ! ivresse de l'amour ! O plaisirs passés sans retour ! De ces premiers plaisirs l'image séduisante
Incessamment te poursuivra ; Et, loin de l'effacer, le temps l'embellira. Toujours plus pure" et plus touchante, Elle empoisonnera ton coupable bonheur,
Et punira tes sens du crime de ton cœur. Oui, les yeux prévenus me reverront encore ; Non plus comme un amant tremblant à tes genoux, Qui se plaint sans aigreur, menace sans courroux,
Qui te pardonne et qui t'adore ; Mais comme un, amant irrité, Comme un amant jaloux qui tourmente le crime, Qui ne pardonne plus, qui poursuit sa victime,
Et punit l'infidélité. Partout je te suivrai, dans l'enceinte des villes, Au milieu des plaisirs, sous les forêts tranquilles, Dans l'ombre de la nuit, dans les bras d'un rival.
Mon nom de tes remords deviendra le signal. Éloigné pour jamais de cette île odieuse, J'apprendrai ton destin, je. saurai ta douleur ; Je dirai : Qu'elle soit heureuse !
Et ce vœu ne pourra te donner le bonheur.
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