Je croyais qu'avec l'infidèle
Tous mes liens étaient rompus :
Mon cœur ne m'en reparlait plus :
De loin je la trouvais moins belle.
Doux espoir trop tôt dissipé !
Elle a souri, je l'aime encore.
L'inconstante ! elle m'a trompé,
Elle me trompe, et je l'adore.
Épargne-toi de vains discours ;
Va, j'entrevois mieux que personne
Le mensonge de ses amours,
Et des plaisirs qu'elle me donne ;
Ma raison l'accuse toujours,
Et toujours mon cœur lui pardonne.
Ce cœur qu'elle a trop méconnu,
Ce cœur pour elle prévenu,
Doute encor de son inconstance.
Hier, après deux mois d'absence,
Elle reparut dans ces lieux :
J'ai mal évité sa présence,
Je l'ai vue : ô moment heureux !
Sur ses lèvres et dans ses yeux
J'ai cru lire son innocence.
Tu ris de ma crédulité ;
Mais du soin de ma liberté
En vain ton amitié s'occupe ;
Le dieu qui la fit pour charmer,
M'avait fait pour toujours l'aimer,
Et pour être toujours sa dupe.