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1775

A MON FRÈRE

Évariste PARNY

Cette caserne, heureux séjour Où l'Amitié, par prévoyance, Ne reçoit le fripon d'Amour Que sous serment d'obéissance ;

Où la passible Égalité. Passant son niveau favorable Sur les droits de la Vanité, Ne permet de rivalité

Que dans les combats de la table, Où l'on ne connaît d'ennemis Que la Raison toujours cruelle ; Où Jeux et Ris font sentinelle

Pour mettre en fuite les Ennuis ; Où l'on porte, au lieu de cocarde, Un feston de myrte naissant, Un thyrse au lieu de hallebarde,

Un verre au lieu de fourniment ; Où l'on ne fait jamais la guerre Que par d'agréables bons mots Lancés et rendus à propos ;

Où le vaincu, dans sa colère, Du nectar fait couler les flots, Et vide insolemment son verre A la barbe de ses rivaux.

Cette ordonnance salutaire Est écrite en lettres de fleurs Sur la porte du sanctuaire, Et mieux encor dans tous les cœurs :

« De par nous, l'Amitié fidèle, Et plus bas, Bacchus et l'Amour ; Ordonnons qu'ici chaque jour Amène une fête nouvelle ;

Que l'on y pense rarement, De peur de la mélancolie ; Qu'on y préfère sagement A la Sagesse la Folie,

A la Raison le Sentiment ; Et qu'on y donne à la Paresse, A l'art peu connu de jouir, Tous les momens de la jeunesse :

Car tel est notre bon plaisir. »

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