Cette caserne, heureux séjour
Où l'Amitié, par prévoyance,
Ne reçoit le fripon d'Amour
Que sous serment d'obéissance ;
Où la passible Égalité.
Passant son niveau favorable
Sur les droits de la Vanité,
Ne permet de rivalité
Que dans les combats de la table,
Où l'on ne connaît d'ennemis
Que la Raison toujours cruelle ;
Où Jeux et Ris font sentinelle
Pour mettre en fuite les Ennuis ;
Où l'on porte, au lieu de cocarde,
Un feston de myrte naissant,
Un thyrse au lieu de hallebarde,
Un verre au lieu de fourniment ;
Où l'on ne fait jamais la guerre
Que par d'agréables bons mots
Lancés et rendus à propos ;
Où le vaincu, dans sa colère,
Du nectar fait couler les flots,
Et vide insolemment son verre
A la barbe de ses rivaux.
Cette ordonnance salutaire
Est écrite en lettres de fleurs
Sur la porte du sanctuaire,
Et mieux encor dans tous les cœurs :
« De par nous, l'Amitié fidèle,
Et plus bas, Bacchus et l'Amour ;
Ordonnons qu'ici chaque jour
Amène une fête nouvelle ;
Que l'on y pense rarement,
De peur de la mélancolie ;
Qu'on y préfère sagement
A la Sagesse la Folie,
A la Raison le Sentiment ;
Et qu'on y donne à la Paresse,
A l'art peu connu de jouir,
Tous les momens de la jeunesse :
Car tel est notre bon plaisir. »