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1775

A BERTIN

Évariste PARNY

Crois-moi, la brillante couronne Dont tu flattes ma vanité, C'est l'Amitié qui me la donne Sans l'aveu de la Vérité.

Fruits légers de ma faible veine, Cet honneur n'est point fait pour vous ; Modestes et connus à peine, Vous me ferez peu de jaloux.

Il est vrai qu'à la noble envie D'être célèbre après ma mort Je ne me sens pas assez fort Pour sacrifier celte vie.

Dans les sentiers d'Anacréon Égarant ma jeunesse obscure, Je n'ai point la démangeaison D'entremêler une chanson

Aux écrits pompeux du Mercure ; Et je renonce sans murmure A la trompeuse ambition D'une célébrité future.

J'irai tout entier aux enfers. En vain ta voix douce et propice Promet plus de gloire à mes vers : Ma nullité se rend justice.

Nos neveux, moins polis que toi, Flétriront bientôt ma couronne : Peu jaloux de vivre après moi, Je les approuve et leur pardonne.

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