Tout au long. C'était à la fête du roi Jean. On avait convoqué le ban, l'arrière-ban De la chevalerie en armes du royaume :
Partant mon doux Seigneur. Il étrennait un heaume Tout neuf, et ses brassards d'argent, je me souviens, Ce jour-là. Le matin, grave, il m'avait dit : « Viens. » Quatre petits normands tirèrent mon carrosse.
J'arrivais, ficelée ainsi que pour la noce. A ma vue, on me fit un succès de hennin. Le roi passa, charmant et suivi de son nain, Me vit, et demanda mon nom, dont il fut aise.
L'heure du tournoi vint. Il fit placer ma chaise A côté de son trône, et l'estrade était d'or. Tout à coup (ah ! mon Dieu, je crois rêver encor), Défilant dans l'arène, et parmi les tapages,
Les grands abois des chiens en laisse au poing des pages, Les lances, les drapeaux, les tambours, les hautbois, Les aciers brabançons sur les chevaux danois, Et les gens de Bourgogne, aux pertuisanes rudes.
Un beau jeune homme, ayant de fières attitudes, A qui caracoler follement allait bien, Vint vers moi, — comme mon mari ne voyait rien, — Et d'un regard lancé d'une prunelle sûre
Il me fit dans le cœur une douce blessure. « Ton nom ? criai-je. Alors, du haut de son cheval : « Tristan ! » fit-il, puis il s'éloigna. C'est égal,
Il aurait pu donner tout son nom, ce jeune homme ! J'étais toute ravie encore, heureuse en somme, Quand messire Enguerrand, duc des Mâchicoulis, Ayant lu mon bonheur peint sur mes traits pâlis,
En conçut un soupçon effroyable ; et la fête N'était finie encor, qu'il chevauchait sa bête A la portière du carrosse, où je rentrais. Et depuis dans cette ombre et dans ces murs épais
Je vis, je meurs, sous l'œil de ce noir enfermée.Je vis, je meurs, sous l'œil de ce noir enfermée.
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