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1949

ODE AU ROI

Germain NOUVEAU

Mon Roi, au temps où nous sommes Il se faut attendre à tout ! On ne trouve plus les hommes, Les rois ne tiennent debout.

Eux aussi dans leur famille Remontent vers le gorille. Et déjà tous les François Sortant de la bonne voie

N'ont d'yeux que pour la monnoie, Et se rient des justes lois. Tel que le Fils de Pelée Tira jadis ses rideaux,

Étant mesure comblée, Tels les dieux tournent le dos. Les déesses les imitent ; Toutes choses périclitent ;

Et tout se meurt du mépris, Que fait voir en son empire, De la femme de qui l'ire Nous doit être un plus haut prix.

Qu'une Reine, loin de Troie, Chasse aux syrtes inconnus, Harcèle comme sa proie Le navire de Vénus !

Soit de mère en roc changée Une déesse vengée ! Mais quand on a mérité D'être haï de la nôtre,

Il s'en va de mort bien autre, Car c'est pour l'éternité ! Sus ! mon Roy, n'agis en traître ! Vois, que suis-je à tes genoux ?

Celle qu'un Meuve a vu naître, Ramène-la parmi nous. A la ville, aux champs, au temple, A toi de donner l'exemple

Que par ailleurs il vous doit, Me dit le Dieu le plus vite ; Sinon, aux bords du Cocyte, Il s'en mordra plus d'un doigt.

Allons-nous tous dans la cendre, Comme un saint roi nous asseoir ? Allons-nous tous ne rien prendre, Comme lui jusques au soir ?

La croûte la plus moisie Nous sera-t-elle ambroisie ? Cependant qu'à notre roi Nous quittons tous notre verre,

Il n'est singe, sur la sphère, Qui le sache comme toi. Les puissances souveraines Se moquent fort des humains.

Fatalité de ses chaînes Ne leur peut lier les mains. Vois jà partout la menace A l'orage faire place ;

C'est à toi de l'écarter Et de te vite résoudre A parer les coups de foudre Que nous garde Jupiter !

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