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1949

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Germain NOUVEAU

Çà, ma Muse, chantons, pour fort qu'il t'en ennuie ; Il faut au bout du pont que je gagne ma vie ; Les passants de nos vers fassent donc bon marché. Prends ta viole et chantons jusqu'à soleil couché.

Une araignée en fer s'est emparée des villes, Des champs, des continents et de toutes les îles. On n'entend plus sonner dans tous les ports de mer Que le mugissement d'une vache de fer…

Quel vacarme à minuit frappe encor mon oreille ? C'est la bête de fer qui travaille et qui veille. Ah ! que de bras aura son travail étonné ! Que de doigts son travail au vice détourné !

Il lui sied bien vraiment d'excuser ma paresse. Nous vivons pour des fers qu'on polit et qu'on graisse, Nous vivons dans les fers que partout on suspend, Nous voyageons aux fers d'un rapide serpent,

Nous nous mettons aux fers sur le cheval du singe ;Nous nous mettons aux fers sur le cheval du singe ; Tout est en fer, ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ Sous d'étranges chapeaux un bizarre animal Jusque dans le saint lieu montre le carnaval…

Piéça qu'il est venu, le roi de la Sibylle, Longtemps a qu'on le voit, l'âge d'or de Virgile. Saturne, selon moi, c'est la ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ Et Rhéa, selon moi, c'est la ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․ ․

Çà, Musette, chantons, car tout nous y convie. Laisse un peu le burlesque, et ce gras fard essuie. Il faut à mon régent sel un peu plus choisi : Si nous chantons le bois, ce soit bois de Choisy.

Oui, nous touchons au temps qu'à travers sa fumée Prédisait au Romain la Sibylle Cumée, Et que pour deux ou trois de la Postérité Sous le règne d'Auguste a le Cygne chanté.

De la lune déjà s'est Thémis rapprochée, Qui s'était de pudeur dans Saturne cachée ; Et déjà quelques sons de flûte et de tambour Des jeux de l'Age d'Or ont sonné le retour.

Car un dieu qu'on attend du haut de l'Empyrée Va naître d'une race et puissante et sacrée. Dame Lucine, ohé ! Ne froncez les sourcils A Cyl par qui seront serpents de fer occis !

Chaste sœur d'Apollon, prends modèle à ton frère Qui tua le premier… du haut du Belvédère. Oui, mon Consul, c'est toi de qui l'on va tenir Enfin ! la liberté d'aller et de venir,

N'ayant plus ton sergent les mains aussi pressées, Te disant petit doigt nos secrètes pensées. Rien ne gêne un grand Mois dans ses nobles essors : De ses grandes paours déjà la France est hors !

Et déjà les François respirent sans contrainte A l'aspect d'un Enfant qui bannit toute crainte. De lui, Sa Majesté reçut de ses aïeux La vie, ainsi qu'on sait que la mènent les Dieux.

Dans le banquet des Dieux où j'ai vu qu'il s'efface, Les héros s'inclinaient pour lui mieux faire place ; Car il sait aux vertus du sceptre paternel Gouverner sans désordre un empire éternel !

Ne tarde trop, Enfant. Voici que la charrue Par de menus cadeaux prépare ta venue ; Au lierre, chapeau des Muses de ces bois, Le bussi ( ?) fut par elle adjouxté de ses doigts ;

Au colocase fut l'acanthe mariée, Dont toute la campagne est moult émerveillée. D'elles-mêmes déjà les chèvres (s'il vous plaît !) Retournent au bercail toutes pleines de lait ;

Et Messer du Lion qui fait moins le beau sire Met aux pieds des bergers sourdines à son ire. La Déesse des fleurs sous le même verseau En fait s'épanouir en ton même berceau.

Serpents ne mordent plus de leurs dents venimeuses, Poisons n'habillent plus leurs mines vénéneuses ; De la sage Assyrie en tous lieux croît l'encens : Tout règle sa conduite au progrès de tes ans,

Si qu'à l'âge où tu peux dans les bouquins antiques Lire de tes aïeux les hauts faits authentiques, Comment par tel héros fut tel monstre abattu… Quand tu sauras ce qu'est d'une ferme vertu,

L'on voit sur un terrain où volait la poussière Onduler des moissons la vivante crinière, Dessus la ronce on cueille un raisin des plus doux Et du bois le plus dur sort le miel le moins roux !

Mais à Thétis au loin toujours encharbonnée, A la glèbe toujours ․ ․ ․ ․ condamnée, Aux pipes de l'octroi s'allumant dans le noir, Soupçons de fraude encor se peuvent concevoir.

Se peut que Mars encor le prenne de voix haute, Qu'un second Argo porte un nouvel Argonaute, Et qu'un second Achille aux plaines d'Ilion Fasse aux rangs des Troyens grande confusion !…

Mais quand les ans par qui la lèvre est embuée T'auront sur le rebec la voix comme enrouée, L'on ne voit plus de nef monter Neptune en mer, Ni galions marchands en danger d'abymer,

Chaque terre à ses fils donnant sans nul péage Tous les biens dont leur chant, si ce n'est davantage. De torturer la vigne il n'est plus question, Ni d'infliger au sol la marque du sillon.

Sans plus se soucier du vent ni de la nue, L'homme affranchit ses bœufs du joug de la charrue ; Sans plus rien emprunter à l'art qu'exerçait Tyr, Et la laine et la soie ont cessé de mentir.

Mais on voit le bélier qui les cornes présente Se couvrir en jouant de pourpre moult plaisante, Avecque l'arc-en-ciel tout le troupeau lutter, Et voire les agneaux aux fleurs le disputer !

Adoncques, beau cousin, de Mars et d'Esculape, Vois Jupiter là-haut pour toi mettre la nappe ! Vois Castor et Pollux t'amener leurs troupiers, Vois l'axe de Bradley « nutantem » sous tes pieds,

Te rire dans les bois jusqu'au plus petit faune Et cesser le plus fou d'être coiffé de jaune ! Ah ! si j'était plus jeune, aux jours de tes exploits, Les chanter sur la lyre aux modes d'autrefois !

Ne me vaincrait Orphée au vallon du Solfège ! Ne me battrait Linus, ce pion de collège ! C'est à moi que saurait la couronne venir, Bien qu'on n'ait pas comme eux si fort de qui tenir,

Que ma maman n'ait pas le renom d'être fée, Ni mon papa la tête à ses rayons coiffée ! Et que si le dieu Pan nous venait à cheval, Fort grand plaisir aurais-je à vaincre un tel rival !

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