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1922

LE VERRE

Germain NOUVEAU

Madame, on m’a dit l’autre jour Que j’imitais… qui donc ? devine ; Que j’imitais Musset : le tour N’en est pas nouveau, j’imagine.

Musset a répondu pour nous : « C’est imiter quelqu’un, que diantre ! Écrit-il, que planter des choux En terre… ou des enfants… en ventre. »

Et craquez, corsets de satin ! Quant à moi, s’il me faut tout dire, J’imite quelqu’un, c’est certain, Quelqu’un du poétique empire.

Je m’élance sur son chemin Avec la foi bénédictine ; Cherchez dans tout le genre humain. Eh ! bien… c’est elle, Valentine.

On ne peut copier son air, Ses propos et son moindre geste, Mais son cœur ! mais son esprit fier ! Je peux attendre pour le reste.

Ça me conduira qui sait où ? Je crois être elle, ma parole ! Au lieu de dire : je suis fou, L’autre jour j’ai dit : je suis folle !

Ma personnalité, ma foi ! S’est envolée ; et ceci même, Mes vers sont d’elle et non de moi, Si toutefois elle les aime ;

Ce serait par trop hasardeux Que de mettre tout un volume Sur son dos ; si nous sommes deux, Je suis seul à tenir la plume !

Oh ! bien seul ! ne confondons pas, Je suis parfaitement le maître ; Car des fautes ou de faux pas Elle ne saurait en commettre.

Vous voyez, c’est bien différent De ce que racontait l’histoire. Ah ! Si son verre était moins grand, J’aurais voulu peut-être y boire…

Il est bien grand, en vérité ! Ne croyez pas que je badine ; Je boirai donc à sa santé, Dans le Verre de Valentine.

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