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1922

LA RENCONTRE

Germain NOUVEAU

Vous mîtes votre bras adroit, Un soir d’été, sur mon bras… gauche. J’aimerai toujours cet endroit, Un café de la Rive-Gauche ;

Au bord de la Seine, à Paris : Un homme y chante la Romance Comme au temps… des lansquenets gris ; Vous aviez emmené Clémence.

Vous portiez un chapeau très frais Sous des nœuds vaguement orange, Une robe à fleurs… sans apprêts, Sans rien d’affecté ni d’étrange ;

Vous aviez un noir mantelet, Une pèlerine, il me semble, Vous étiez belle, et… s’il vous plaît, Comment nous trouvions-nous ensemble ?

J’avais l’air, moi, d’un étranger ; Je venais de la Palestine À votre suite me ranger, Pèlerin de ta Pèlerine.

Je m’en revenais de Sion, Pour baiser sa frange en dentelle, Et mettre ma dévotion Entière à vos pieds d’Immortelle.

Nous causions, je voyais ta voix Dorer ta lèvre avec sa crasse, Tes coudes sur la table en bois, Et ta taille pleine de grâce ;

J’admirais ta petite main Semblable à quelque serre vague, Et tes jolis doigts de gamin, Si chics ! qu’ils se passent de bague ;

J’aimais vos yeux, où sans effroi Battent les ailes de votre Âme, Qui font se baisser ceux du roi Mieux que les siens ceux d’une femme ;

Vos yeux splendidement ouverts Dans leur majesté coutumière… Étaient-ils bleus ? Étaient-ils verts ? Ils m’aveuglaient de ta lumière.

Je cherchais votre soulier fin, Mais vous rameniez votre robe Sur ce miracle féminin, Ton pied, ce Dieu, qui se dérobe !

Tu parlais d’un ton triomphant, Prenant aux feintes mignardises De tes lèvres d’amour Enfant Les cœurs, comme des friandises,

La rue où rit ce cabaret, Sur laquelle a pu flotter l’Arche, Sachant que l’Ange y descendrait, Porte le nom d’un patriarche.

Charmant cabaret de l’Amour ! Je veux un jour y peindre à fresque Le Verre auquel je fis ma cour. Juin, quatre-vingt-cinq, minuit… presque.

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