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1903

LA QUATRIÈME ÉGLOGUE

Germain NOUVEAU

Qui donc serait si pot sous le règne où nous sommes De Mons Diafoirus, le plus sage des hommes,

Que d'aller sans le pot de nos vents implorer… Courons vite au sujet soit dit sans rien serrer.

Non, l'on ne verra pas, à moins que sous nos plumes, Le fameux Vase d'or des malades de Cumes ;

Que ce fou de Maron, qui l'a vu dans ses bois, Appelle, de son lit, le Vase d'Autrefois ;

Car ce n'est que d'un pot que chacun est en peine, Et de singes déjà la paroisse en est pleine.

L'on vit parler aux champs de pots et de besoins Mais d'un Saturne, non ; d'une Rhée, encor moins ;

Enfin sur aucun pot, nul Marat, que je sente De nul petit Dauphin ne fête la descente.

Je ne vois que Danton, le marchand de poissons, Qui vienne à ce concert mêler d'odieux sons.

Ce singe, de rosa grimpé jusqu 'en troisième Ce pot de Maron plein fait du Dauphin son thème.

Ma foi ! ton grand poisson, Damon, ne me dit rien. Fort de lui se passe on ; et d'Hécate aussi bien :

Pour un avortement en tous lieux comme à Baume Il n'est rien à docteur muni d'un bon diplôme.

Ça, Damon, raisonnons, mais… sans raisonner tant Car à trop raisonner c'est le pot qu'on te tend :

Qu'un vieux pot de consul, qui n'eut bruit, dont le plains-je, De Mons Diafoirus, professeur de beau singe,

Ait cru le marcellus du lait d'Io formé Qu'au Capitole en pots l'on tenait renfermé,

C'est sottise après tout si d'indulgence on use, Qui des raisons du temps peut tirer son excuse

Mais de nous qui pots pleins de choses des savants Pour avoir le jour vu disons dessus les bancs

Grâce à Diafoirus pouvons porter d'emblée De Gueule au Singe en Pal, de Mains Écartelée

De crier qu'ici bas, du pot des Immortels Va tomber ton saumon pour nos maîtres d'hôtels

Serait folie en ville aussi bien qu'à la halle Dite des poissonniers en langue médicale ;

A guetter dans les airs la chute de ton thon Nous pourrions attraper du bonnet de coton :

Tiens que pour ton merlan nul de nous n'a d'envie, Et que fort nous suffit, avec ou sans chimie,

Saignare, purgare, dignus est intrare, De ses petits Purgons et Fleurants entouré

Les uns portant son pot, les autres son clystère Tel qu enfin l'on le voit aux pompes du mystère.

Fût-il plus doux tableau pour les yeux de nos preux ? Crois-tu que ton anchois nous rendrait plus heureux ?

Où trouver si bon roi fût-ce en Yvetot même ? Et quel nous regérait sous plus joyeux dilemme :

Ou jouer, dans mes bois, à vous chercher les poux, Ou venir sur mon pot de la chambre des fous.

Parbleu ! tu feras mieux, Poisson, de ne pas naître, Car tu n y gagnerais que de trouver ton maître

Au lieu de ses féaux les singes de sa cour ; Pour chaleureux accueil ce qu'on nomme un bon tour.

Loin de ? offrir en pots les présents de Cybèle Bondirait sa guenuche à te chercher querelle ;

Il ne te garde icy pour lierre et pour baccar Que des pets de Monin, ou les vesses du lar,

De colocase point aux doigts de son gyzante Et Cassalus pour toi n'empota nulle achante.

Le galant Asculaphe, en ce plaisant pays, Ne dort plus que la nuit à veiller sur ses nids

Car toujours le macaque y vient mettre la patte ; Et Baboin a toujours l'air d'un vrai Viriathe.

De ton berceau marin auraient tous nos sajous Tôt fait d'en mettre tous en sens dessus dessous ;

Comme ils sont toujours tous au comble d'insolence Si sont-ils toujours tous au comble d'impudence

Frileux au dernier point hormis au bas du dos, Criant, montrant les dents, renversant tous les pots,

Se moquant de Jupin comme du Mèlampyge, Et Fagotin aussi que son maître corrige.

C'est lui qui vers le pot où sevré l'on t'aurait, Te ferait les honneurs de la vieille forêt,

Qui te présenterait, en ôtant son tricorne, D'abord à ton Grand Sire homme des bois fort morne,

A papa Chympanzé qui n'est beaucoup plus gai, Enfin à l'oncle orang qu'on dit très outangué.

Il t'accompagnerait aux leçons du gorille Qui n'est pas le moins fou de toute la famille,

Et par qui bon docteur, qui vient de ce côté, Est en cas d'atavisme et cas d'hérédité.

Tu pourrais au Cèbus faire ta révérence Que Memphis eut jadis en grande révérence ;

Hurler chez le hurleur comme on chante chez nous, Pleurer chez le pleureur comme pots sous les coups,

Être en visite au soir chez un crépusculaire Voir le nocturne à l'heure où rien plus ne l'éclaire.

Avec le beau moustac être fleur de vos pois, Faire avec le malbrouck force butin de noix,

Pour conclure un matin à quelque mariage Avecque Callitrix guenon du vert pelage,

Mais d'y voir l'Age d'or ; et pour mon talapoin Les serpents lui cueillir des marrons cuits à point ;

En bateau d'Arion se changer la morue Pour tous nos babions sonnant de la tortue ;

Se mettre au pot la Sphinge en des robes à fleurs Sans que besoin y fut d'aucuns pots de couleurs ;

Le sagoin en Jason coiffer pot ou salade ; Le trembleur, en soudard se rendre à la parade,

Ou laisser en dormant notre singe-lion Quelques rats s'approcher du Fléau d'Ilion :

C'est là ce qu'en son pot un anchois ne voit guère Et qu'onc ne verra-t-on sous la loi du clystère.

Tant que Diafoirus par Vaccin et Ricin, Régnera sur les sœurs du singe-capucin

Qui font laver les pots et prennent soin des linges Dedans Amunadab à l hôpital des singes ;

Régnera sur le vieux, et le jeune « ab ovo » Sur les laids du beau monde et les nains du nouveau,

Sur le singe tout court ou plus long que pithèque, Sur le bel empaillé de sa bibliothèque,

Et celui qu'il dissèque avant que d'être mort, Et le Grand-Paresseux que sans peine il endort,

Et Jocko son barbier, marquis de la pincette Et Monsieur de Maki son mignon de couchette

Et son audiencier dit la Voix-de-tambour, Et le singe aux navets qu'il met cuire à son four

Et les deux que l'on voit sa seringue lui ceindre : Chez les sages des bois pour en un mot les peindre

Comme aussi chez les fous pour nous peindre en un mot, Case d'or n'aura-t-on même pour un marmot.

Vu qu'un tel Vase aidant, même un bonnet-de-Chine A la selle irait bien sans prendre médecine

Si, corbleu ! vers cet âge, au mépris du séné, Ses sujets s'avisaient d'avoir le nez tourné

Vite il ferait décret qui par lochs et pommades Nous viendrait tous guérir de n'être plus malades.

Eh ! Qu'importe ! Est-ce que le plus Vase enchanté Vaudra jamais ce Pot… de tous courru… flatté,

Caressé du prélat, épousseté du prince, L'Idole de Chaillot comme de la province.

Seul le Bouillon pointu pour les goûts plus pointus A toutes les vertus…, Comme en ses prospectus…,

Et si quelque poisson trop plus naïf y touche Plus gros poisson que lui de lui fermer la bouche :

Il ne croit pas à l'âme et vient nous la soigner. C'est le comble du soin : qui peut s'en indigner ?

Il donne à tous péchés des noms de maladie. — C'est pour qu'au vol aussi sa bonté remédie.

Au plus petit indice il parle d'hôpital Où l'on loge gratis à pied et à cheval.

Tout pot persécuté craint de l'avoir pour juge — A tort car c'est chez lui que l'on trouve refuge.

Tout singe s'agitant devient son agité — Qui vaut encore mieux qu'être son alité.

Cependant il confond folie avec démence — C'est pour donner des soins en plus grande abondance.

Mais sur nos libertés il pousse les verroux — Pour nous mieux prodiguer tous ses soins les plus doux.

Vous qui filez nos jours… C'est une rotruenge… Vous qui filez… le nom te semble-t-il étrange ?

Vous qui filez… Poisson, de grâce, écoute-moi, C'est pour avoir l'honneur de danser devant toi.

Vous qui filez nos jours, ô Parques filandières, Vous les savez filer de diverses matières

Et des fous de Bicêtre où le flux a son cours C'est de lin et de… hum ! que vous filez les jours.

Vous qui filez nos jours, ô Parques filandières, Vous savez les filer de diverses manières

Et des fous de Bicêtre, à tourner dans les cours, C'est en ronds et carrés que vous filez les jours.

Cependant qu'aux guenons, ô Parques filandières, Vous qui filez nos jours de diverses manières,

Cependant qu'aux guenons du voyage au long cours, C'est en zig et en zag que vous filez les jours !

Vous qui filez nos jours, ô Parques filandières, Si filez-vous les nuits sous toutes les paupières

Et des fous de Bicêtre à songer dans leurs lits C'est de trônes dorés que vous filez les nuits.

C'est là que d'ortolans, ô Parques filandières, Vous filâtes mes jours quatre lunes plènières

Mais si que pour souper je danse comme un ours, Ce n'est le vermicelle où vous filez toujours.

Nous ne tournons le vers pour le plaisir de rire Et les temps sont ingrats plus qu'on ne saurait dire :

DONC, POISSON, VOLONTIERS DES SOUS RECEVRAIT-ON Pour festiner ce soir, la serviette au menton,

D'une blonde Cérès à ses cheveux réduite, Qui s'en plaint dans le pot devant qu'être bien cuite

Ici, sœur d'un poignard qui ne fut guères beau, Qui poignard se croyait et n'était qu'un couteau.

Cependant le Magot juché sur le pinacle Est aujourd'hui du monde et le pôle et l'oracle.

C'est par lui que réglés sont tous nos bonds et sauts Et tous leurs contenus dosés dans tous nos pots.

Singe de Jupiter, se grattant près du maître, « Mortel, semble-t-il dire, apprends à me connaître ».

Il voit tourner bien loin la terre sous ses pieds Et ses pots les plus grands lui semblent encriers ;

C'est de là-haut qu'il dicte arrêtés, ordonnances, Décrets, commandements et permis et défenses

Primo, défense à tous de rire et de tousser Quand de Diafoirus le pot vient à passer :

Nous décrétons pour tous l'utile obligatoire Que chacun ait son pot dans sa petite armoire ;

Ensuite ordre est donné de punir du bouillon Ceux qui feraient du fou comme le sieur Solon

Ou feraient du muet comme un citoyen Brute Ou voudrait de David imiter pied qui butte.

Quoiqu'il ait sans nul pot accouché les esprits, Nous tolérons au Grec un groin des moins petits,

Idem à Jeanneton, fille de tolérance, Qui fit avec ses Voix redouter notre lance.

A moins donc que d'accourre à ton franc étrier Sur l'ordre de Vatel pour la sauce au laurier

Ou coiffé d'un bonnet, symbole de sagesse, Tirant à toi Platon en état de grossesse,

Tu ne seras, Poisson, chez notre maître admis Qu'à ses sujets d'étude et très petits amis :

Il te voudra d'abord visiter les méninges Et dès le premier jour te mettra de ses singes.

Vois-le déjà venir au bruit de ton plongeon De ses chasses du Mans ou sa pinche à donjon,

Entre son basset Charle et la bassette Cice, Te flairer longuement chez les doms de l'office.

Heureux si tu n'en fais d'abord en ton arroy Qu autant qu'autre poisson en a fait avant toi !

Heureux si tu n'en dis plus tard en ta harangue Qu'autant qu'autre poisson en dauphinoise langue ;

Mais que si par lapsus et par malentendu Tu parlais d'une corde où singe soit pendu…

( C'est exemple entre mille, il est d'autre folie) « Çà vite, dira-t-il, qu'aussitôt l'on le lie! »

Et de chercher de ce la cause dans le cou, Dans le pied, dans la main, dans le dur, dans le mou,

La tête, le poumon et la rate et le foie, En ce qui dans le pot n'est pas du caca d'oie,

Voire au trou de tes vents ou plus ou moins rieurs, Ou bien en maladie et trouble antérieurs :

Fièvre, congestion, chute, coup et blessure, Comme aussi dans bouton, verrue, égratignure,

Que, s'il te plaît fumer, dans les pots de tabacs, Dans la brise de mer si tu ne fumes pas…

Que diras-tu, Poisson, si tu te tais, mutisme Et, si tu veux souffler, fâcheux paralogisme !

Et nous te coifferons du casque de Mentor Et nous aurons, ma foi ! le contraire de tort.

Car pourquoi viendrais-tu ? que pour rien faire et dire. Aussi bien qu'un magot qui mieux que toi sait frire,

Aurait la Poule-au-pot dessus le sien, je croi, Appris de ce Quinaud à bien faire du roi

Et, pourrais-je ajouter s'il était rime à ogre, Son neveu dit Soleil à bien faire d'un ogre

Qui vous happe les gens sans lettre de cachet, Sans Monsieur d'Artagnan, dans son fort les cache, et

De son fou de conserve à la sauce Bastille Déjeune tous les jours à Sainte-Camomille ;

Ou pour crime vas-tu (ma foi ! c'est un abus !) De n'être pas dévot à ce tyran en us

Qui des quatre moyens de prendre une posture, Qu'ont les singes reçus d'une dame Nature :

Être debout, assis, à genoux, et couché. Eût le numéro trois volontiers retranché

Pour nous ramener tous mille siècles arrière Au temps où l'on n'avait d'usé que le derrière !

Et voilà notre roi qui le veut prendre haut, Dans son discours du trône, après l'heure du pot,

Qui veut gouverner seul et nous et nos épouses, Véritable don Juan à les rendre jalouses,

Qui les vifs réglemente et les morts plus terreux, N'ont congé d'être morts qu'il n'ait pissé contre eux,

Qui règne sur nos cœurs et sur les cataplasmes, Qui sur nos âmes règne et règne sur nos asthmes,

Et règne sur nos goûts dont il sait les défauts Et sur nos sentiments qu'il mesure à ses pots,

Qui règne, dessus mer aussi bien que sur terre, Sur tous les animaux voire sa belle-mère,

Sur tous les ouistitis et sur les deux vieillards, Sur les pots des métiers et sur les pots des arts,

Sur la religion et sur la politique, L'éthique, l'esthétique, et sur la statistique

Et sur et cœtera, si qu'il ne laisse rien Que de régner sous lui chacun sur son maintien,

Ce qui nous semble à nous, carpillons de rivière, Pot au lait, pot au vin, pot de cidre et de bière,

De miel, de fleurs, de fard, à coler le tenon, Et ne serait pour toi que pot de potion.

Connais, Poisson, connais ton maître à sa grimace, Ne te mets en chemin quelque beau temps qu'il fasse.

De quitter ton bocal serait mal à propos. Vois le fils de Thésée à cette heure aux Échos

Qu'à Charenton demain on mettra, j'imagine, Car voici ce qu'hier il a dit chez Racine :

Le dessin en est pris je pars cher Théramène Et quitte le séjour de l'aimable Trézène.

Dans le doute mortel dont je Suis agité Je commence à rougir de mon oisiveté.

Depuis plus de SIX Mois éloigné de mon père, J'ignore le destin d'une tête si chère,

J'ignore encor les lieux… (perversion des odeurs…J'ignore encor les lieux… (perversion des odeurs… atrophie des nerfs olfactifs…)atrophie des nerfs olfactifs…) Que si tu t'obstinais quand mêmes à venir

Et que, déjà réduit à son pot lui tenir, Tu tombasses un jour en agoraphobie

Ou dans théomanie ou mégalomanie, De l'exaltation en la dépression

Ou délire entraînant classification, Ou folie empruntée au mal syphilitique,

Ou bien au mal étique, ou bien au mal phtisique, Ou dans folie encor dite des cuisiniers,

Teinturiers, chaudronniers, vitriers, plâtriers : Tout cela se guérit en acceptant asile,

En te mettant au pot d'une façon civile, En écoutant ton cul sonner l'enterrement,

En prenant ton tombeau philosophiquement.

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