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1922

LA BALLADE DU MÉCHANT POÈTE

Germain NOUVEAU

Beaux limousins, Gascons et Bordelais, Hordes du Nord et du Midi Bataves, Tous Allemands, Espagnols et Français, Bohémiens, peuples libres, esclaves,

Ô vous les blonds et blancs comme des raves, Et vous les bruns noirs comme des navets, C’est moi qui suis le poète aux yeux caves. Pitié, pitié pour mes vers polonais !

Mon père était un loup dans les forêts, Ma mère fut une chienne aux crins flaves Et j’ai grandi dans les joncs des marais. Telle, aux lueurs des tristes rats-de-caves,

Va la sorcière, aux viscosités haves, Telle une Muse, avec ses yeux mauvais, M’a déniché dans un vieux tas d’épaves. Pitié, pitié, pour mes vers polonais.

Je n’ai gardé que mon luth polonais, Et que ma voix nazillarde, aux tons graves, Mon feutre à plume, et je vais, et je vais De cour en cour où sont les portiers graves.

Servantes sont quelquefois les plus braves Pour nous jeter beaux sous luisants, mais les Chiens sont hargneux aux portes des conclaves. Pitié, pitié pour mes vers polonais.

A mon ami d’Angleterre, qu’on nomme Verlaine Paul, ou Paul Verlaine, comme On voudra, j’ai dédié ceci, mais : Pitié, pitié pour mes vers polonais.

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