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1881

Fraternité

Germain NOUVEAU

Frère, ô doux mendiant qui chantes en plein vent, Aime-toi, comme l'air du ciel aime le vent. Frère, poussant les bœufs dans les mottes de terre, Aime-toi, comme aux champs la glèbe aime la terre.

Frère, qui fais le vin du sang des raisins d'or, Aime-toi, comme un cep aime ses grappes d'or. Frère, qui fais le pain, croûte dorée et mie, Aime-toi, comme au four la croûte aime la mie.

Frère, qui fais l'habit, joyeux tisseur de drap, Aime-toi, comme en lui la laine aime le drap. Frère, dont le bateau fend l'azur vert des vagues, Aime-toi, comme en mer les flots aiment les vagues.

Frère, joueur de luth, gai marieur de sons, Aime-toi, comme on sent la corde aimer les sons. Mais en Dieu, frère, sache aimer comme toi-même Ton frère, et quel qu'il soit, qu'il soit comme toi-même.

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