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1922

DANGEREUSE

Germain NOUVEAU

Vous dangereuse ? mais sans doute ! Très dangereuse, c’est certain ; Comme la peur que l’on écoute, Comme le bois près de la route

Vers les six heures du matin ; Comme l’éloquence imagée, Comme un titre sur parchemin, Comme le vin et la dragée,

Ou comme l’arme trop chargée Qui vous éclate dans la main ; Car toute femme est dangereuse, Très dangereuse et c’est charmant,

Comme la mer… que le vent creuse ; Comme la fillette de Greuze, Qui ne s’en doute aucunement ; Comme la petite Ingénue

Quand la cruche… va se casser, Comme une veuve toute nue, Comme une femme dans la rue, Une femme qu’on voit passer.

Oui, toute femme est dangereuse, Soit qu’elle allaite ses enfants Avec sa mamelle amoureuse, Soit qu’elle ait la cruche de Greuze

À ses petits doigts triomphants ; Qu’elle soit grave ou qu’elle joue, Plus à craindre encor que le feu, Que l’aviron ou que la roue,

Que le commandement : En joue ! Que le cri : Commencez le feu ! Dangereuse comme la plume, La plume au vent, et l’eau qui dort,

Et l’obus… un obus qui fume ; Comme la guerre qu’elle allume, Elle peut amener la mort. Si vous êtes la plus aimée,

Ne seriez-vous point ici-bas Plus dangereuse… qu’une armée Victorieuse et parfumée Des lauriers de trois cents combats ?

Vous êtes la plus redoutable, Moi, c’est pour cela que je veux… C’est pour ta grâce… épouvantable Qui ferait à la Sainte Table

Tous les saints se prendre aux cheveux. Oui, vous êtes la plus à craindre, Car votre lit est le plus doux, C’est pour ça que j’aime à T’étreindre,

Toi qu’un Homère pourrait peindre Avec du sang jusqu’aux genoux !

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