Vous savez comme moi, Madame, Que Platon fout hors des cités Le Poëtastre qui déclame Des blagues trop fortes pour l’âme
Amoureuse de vérités ; Oui, Tu le sais, oui, ma Mignonne. Platon eût bien transbahuté Le Pédantisme qui se donne
Pour plus beau, l’Amour s’en étonne, Que la pure simplicité ; Tu sais le grec… si… comme un ange, Et que loin de toute Cité
Platon met le rhéteur étrange Que son propre mensonge mange Jusqu’à… la préciosité. Hé, bien ! je poursuis la chimère
De vous chanter en bon français, Qui ne dis pas : j’aime ma mère ! Tout en respectant la grammaire, Si je veux avoir du succès ;
Vais-je, avec l’œuvre que je crée, Passer pour un menteur aussi ? Ah ! mon âme en serait navrée ! Non pour moi, ma Femme Adorée !
Pour moi, je n’en ai point souci. C’est pour Vous, dont je chante l’Âme, L’Esprit, même un peu le Baiser, Le Cœur tel qu’un Soleil enflamme !
Ce serait dommage, Madame, Que le monde allât supposer… Platon verra, lui, si j’invente, Si je dis rien d’exagéré…
Ma poésie est ta servante ; Oui, ma Mignonne si savante, Près de Toi, je suis inspiré ! Pour perpétuer la mémoire
De votre suprême Beauté, Que n’ai-je une lyre en ivoire Le plus éclatant sur la noire Et toujours jeune Antiquité !
Oui, pour bien célébrer la fête, Finissant… au bout de tes doigts, De ton corps de Femme parfaite, Et la noblesse de ta tête
Et la puissance de ta voix ; Que n’ai-je la lyre d’un Homme Connu de tout votre salon, Qu’avant même d’avoir vu Rome,
Le premier prix des Beaux-Arts nomme Phœbus… oui Phœbus-Apollon ! J’en pincerais fort à mon aise, Sans savoir en jouer du tout…
Et ça ferait mieux qu’une chaise Dans la République Française Où, ce me semble, on dort debout.
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