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1871

LE DÉFILÉ

Jacques NORMAND

JE les ai vus passer, sombres, sales, hideux, Tête nue, en lambeaux, enchaînés deux par deux. Enfants de dix-sept ans et vieillards de soixante ; Cette écume sans nom qui bouillonne et fermente

Dans l’immense creuset de la société, Aux effluves du vice et de l’oisiveté, Où marchent côte à côte, en s’unissant peut-être, La débauche qui meurt et celle qui va naître.

Ils viennent lentement, honteux, baissant les yeux ; Quelques-uns cependant, surtout parmi les vieux, Tiennent haute la tête, et, pâles d’impudence, Semblent contempler tout avec indifférence.

Quelques femmes enfin, aux regards hébétés, Soutiennent des blessés, rudement cahotés Dans un grand char-à-bancs, qu’une escorte protège. Et chaque citoyen, voyant l’affreux cortège,

S’indigne, et tristement se répète à part lui : « Les voilà cependant nos tyrans d’aujourd’hui ! »

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