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1871

EFFET DE NUIT

Jacques NORMAND

ATOUR de moi la nuit s'étend brumeuse et sombre ; C’est en vain que les yeux fatigués veulent voir ; A cinq pas le regard est dévoré par l’ombre : Tout est froid, tout est noir.

Soudain, un jet mouvant de lumière électrique, Qui s'échappe du fort comme un blanc éventail. Projette sur les champs son onde fantastique Et brillante comme l’émail.

Maisons, prés, bois, ruisseaux, tout reluit, tout s'éclaire ; Le voile de la nuit s’écarte, déchiré ; Voici qu’un jour nouveau vient éclairer la terre, Provenant d’un astre ignoré.

Mais au bout d'un instant, sans pâlir ni s’éteindre, Le vaste rayon meurt aussi pur qu’il est né ; Le ciel redevient noir, et la nuit semble éteindre L’horizon tout illuminé.

Ainsi pour nous. — Un jour on nous dit : « Délivrance ! Victoire ! » Mais bientôt, hélas ! il nous faut voir Fondre sur ce rayon fugitif d’espérance La sombre nuit du désespoir.

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