IL me va donc falloir te rendre, Bon fusil, que pendant six mois J’ai couvé d’une amitié tendre, Et que j’ai frotté tant de fois !
Or çà, notre tâche est finie ; Nous avons, malgré nos regrets, En fait de gloire, une élégie, En fait de lauriers, des cyprès.
Lorsque nous fîmes connaissance Au camp, jadis, te souviens-tu Combien nous avions de vaillance Et quelle était notre vertu ?
Pendant six mois j’ai cru sans cesse Qu’un jour viendrait où nous pourrions Essayer tous deux notre adresse Et trouer d’épais bataillons.
Hélas ! malgré notre espérance Et nos efforts, mon vieil ami, Nous n’avons sur la conscience Le meurtre d'aucun ennemi.
Va donc ! je te quitte sans peine, Et te laisse aller de ma main Comme on jette un bâton de chêne Qu’on a coupé sur son chemin.
Que belle était la vieille guerre, Que beaux étaient les vieux combats, Au soleil, en pleine clairière, Cœur contre cœur, bras contre bras !
O les vaillantes équipées Du seigneur et de son coursier ! Et les coups des grandes épées Qui retentissaient sur l’acier !
O les rencontres gigantesques Dans les forêts et les ravins, Lances contre sabres moresques, Et Français contre Sarrasins !
Quand un canon, la poudre née, Au troisième coup éclatait ; Un fusil, dans une journée, Partait dix fois — quand il partait. —
Que c’étaient choses encor belles Les grandes charges d’escadrons, Et les chevaux prenant des ailes Au souffle entraînant des clairons !
Aux accents de la Marseillaise, Des remparts, des forts emportés, Et la baïonnette française Trouant les rangs épouvantés !
Vive l’ardente et chaude ivresse Du soldat qui va de l’avant A l’assaut d'une forteresse, Le front levé, l’épée au vent !
Vive la bravoure qui bouge ! En plaine, au soleil, loin des bois. L’acier est bleu, le sang est rouge ; C’est la bravoure des Gaulois !
Alors on pouvait être brave ; Maintenant on n’est plus que fort. A plat ventre comme un esclave, Vous attendez venir la mort.
Sur une colline lointaine Votre lorgnette apercevra Un peu de fumée, à grand’ peine, Et c’est le coup qui vous tuera.
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