LA rue est roide, étroite, et le pavé crotté.
Entre deux croque-morts rudement ballotté,
Un petit cercueil blanc chemine vers l’église.
Derrière, un homme pâle, à la moustache grise,
Marche, les yeux au sol, triste, le front penché.
Sur le seuil de l’église, un insurgé couché
Fume sa pipe et voit le convoi qui s'avance :
« Halte-là, citoyen ! et qu’on passe à distance !
On n'entre pas ici ! — Je viens pour mon enfant…
— Impossible ! — Pourtant ?… — La consigne défend
De te laisser entrer : et puis d'ailleurs, regarde,
Depuis hier l’église est faite corps de garde.
Nous avons remplacé ces calotins damnés.
— Pourtant je ne peux pas laisser… vous comprenez…
Mon pauvre enfant chéri sans messe, sans prière…
— Des messes, citoyen ! des messes ! pourquoi faire ?
Si ton petit est mort, les messes n’y font rien.
Il faut se consoler comme un vrai citoyen,
Et, laissant de côté curés et patenôtres ,
Quand on perd un enfant, en fabriquer deux autres. »
Le père devint rouge et son poing se roidit.
Il voulut insister ; mais, hélas ! qu’eût-il dit ?
Qu’eût-il fait ?
Il partit, et vers le cimetière
Marcha, les yeux fixés sur la petite bière,
Le cœur gonflé de pleurs,— mais pensant qu’en haut lieu
Il est une justice, et qu’on l’appelle : Dieu !