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1871

A L‘ÉGLISE

Jacques NORMAND

LA rue est roide, étroite, et le pavé crotté. Entre deux croque-morts rudement ballotté, Un petit cercueil blanc chemine vers l’église. Derrière, un homme pâle, à la moustache grise,

Marche, les yeux au sol, triste, le front penché. Sur le seuil de l’église, un insurgé couché Fume sa pipe et voit le convoi qui s'avance : « Halte-là, citoyen ! et qu’on passe à distance !

On n'entre pas ici ! — Je viens pour mon enfant… — Impossible ! — Pourtant ?… — La consigne défend De te laisser entrer : et puis d'ailleurs, regarde, Depuis hier l’église est faite corps de garde.

Nous avons remplacé ces calotins damnés. — Pourtant je ne peux pas laisser… vous comprenez… Mon pauvre enfant chéri sans messe, sans prière… — Des messes, citoyen ! des messes ! pourquoi faire ?

Si ton petit est mort, les messes n’y font rien. Il faut se consoler comme un vrai citoyen, Et, laissant de côté curés et patenôtres , Quand on perd un enfant, en fabriquer deux autres. »

Le père devint rouge et son poing se roidit. Il voulut insister ; mais, hélas ! qu’eût-il dit ? Qu’eût-il fait ? Il partit, et vers le cimetière

Marcha, les yeux fixés sur la petite bière, Le cœur gonflé de pleurs,— mais pensant qu’en haut lieu Il est une justice, et qu’on l’appelle : Dieu !

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