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1924

XXXIX

Anna NOAILLES

Si je n’aimais que toi en toi Je guérirais de ton visage, Je guérirais bien de ta voix Qui m’émeut comme lorsqu’on voit,

Dans le nocturne paysage, La lune énigmatique et sage, Qui nous étonne chaque fois. — Si c’était toi par qui je rêve,

Toi vraiment seul, toi seulement, J’observerais tranquillement Ce clair contour, cette âme brève Qui te commence et qui t’achève.

Mais à cause de nos regards, À cause de l’insaisissable, À cause de tous les hasards, Je suis parmi toi haute et stable

Comme le palmier dans les sables ; Nous sommes désormais égaux, Tout nous joint, rien ne nous sépare, Je te choisis si je compare ;

— C’est toi le riche et moi l’avare, C’est toi le chant et moi l’écho, Et t’ayant comblé de moi-même, Ô visage par qui je meurs,

Rêves, désirs, parfums, rumeurs, Est-ce toi ou bien moi que j’aime ?

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