Skip to content
1924

XXXIV

Anna NOAILLES

Le temps n’a pas toujours une égale valeur, Tu cours et je suis immobile, Je t’attends ; cela met quelque chose en mon cœur De frénétique et de débile !

J’entame avec l’instant un infime combat Que départage le silence. L’heure, qui tout d’abord semblait me parler bas, Frappe soudain à coups de lance.

Elle semble savoir, et garder son secret, Le destin se confie à elle ; On ne pénètre pas dans cette ample forêt Où rien n’est promis ni fidèle !

— Puisque la passion, en son sauvage trot, Gaspille sa richesse amère, Révérons ces instants de la vie éphémère Dont chacun nous semblait de trop ! —

Attendre : épuisement sanglant de l’espérance, Tentative vers le hasard, Hâte qui se prolonge, indécise souffrance De savoir s’il est tôt ou tard !

Impatience juste, exigeante et soumise, À qui manque, pour bien lutter, Le pouvoir défendu de refaire à sa guise L’univers puissant et buté !

— Certes, mon cœur ne veut te faire aucun reproche Des minutes que tu perdais ; Tu me savais vivante, active, sûre et proche, Moi, cependant, je t’attendais !

Sans doute la démente et subite tristesse Qui se mêle aux jeux éperdus Est le profond sanglot refoulé que nous laisse La douleur d’avoir attendu !…

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
XXXIV · Anna NOAILLES · Poetry Cove